Guillaume Gallienne : «Je peux être agaçant à force de me donner de grands airs, non ?»

Emmitouflé dans un élégant manteau, il arrive à notre rendez-vous dans un café parisien avec quatre minutes de retard. Guillaume Gallienne s’en montre désolé et s’en excuse d’une voix chaleureuse. C’est un homme pressé. Dans une heure pétante, il doit honorer une obligation liée à la parution de son ouvrage Le Buveur de brume  (Stock) sur ses racines géorgiennes. On propose d’écourter notre échange. Refus poli : il dispose de longues minutes pour évoquer Lady Nazka, inspiré d’une histoire vraie, dans lequel il joue l’archéologue Paul d’Harcourt.

Un personnage érudit et ambigu, qui va prendre sous son aile l’enseignante Maria Reiche (incarnée par la parfaite Devrim Lingnau) à la fin des années 1930 en l’entraînant dans le célèbre désert péruvien, avant de douter de sa version selon laquelle cette vaste étendue abrite un vestige millénaire. Débute un face-à-face intense, au fil duquel l’apprentie exploratrice allemande (1903-1998) saura montrer à son interlocuteur sa détermination sans faille.

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« Mon personnage est plein de contradictions, un peu cynique, mais c’est un homme qui évolue face à cette femme qui se sent investie d’une mission, se bat seule contre vents et marées et dépasse les a priori, souligne le comédien. J’apprécie particulièrement chez les êtres cette capacité à sortir des cadres formatés. » Un sujet fort, donc, mais aussi un film porté par la mise en scène sobre et efficace de Damien Dorsaz, un de ses amis du Cours Florent et du Conservatoire qui a dû patienter la bagatelle de dix-sept ans entre l’écriture du scénario et le début des prises de vues ! « Quand il m’a raconté l’histoire, j’ai tout de suite vu la lumière que Maria Reiche avait mise dans ses yeux, poursuit-il. Et puis, à son image, je n’ai pas de penchant pour l’impatience. Ça gâche les choses. Je préfère prendre mon temps plutôt que le perdre. »

Ce qui ne l’a pas empêché d’être convaincu en un éclair par ce projet ambitieux. « Il me faut une adéquation parfaite pour choisir un rôle, assure-t-il, mais je peux répondre oui sans avoir lu la moindre ligne. Ce fut le cas pour Kirill Serebrennikov. » Et le voici, vantant les grandes qualités du cinéaste russe qui l’a invité au casting d’une œuvre politique intitulée Après, puis louant les talents de Rémi Bezançon qu’il a rejoint sur le tournage d’un long-métrage policier baptisé Bazaar (en salles en mars prochain). Guillaume Gallienne, qui n’apprécie rien tant que passer d’une thématique à une autre, est avant tout un homme d’enthousiasmes !

Fédérateur

En témoigne toute sa trajectoire, riche d’expériences variées. Réalisateur de théâtre et de cinéma (personne n’a oublié Les Garçons et Guillaume, à table !  qui a touché le grand public), pensionnaire de la Comédie-Française, trublion cathodique, grand narrateur, féru de littérature et d’opéra… Il existe peu de territoires culturels où rechigne à s’aventurer celui qu’on retrouvera bientôt sur les planches dans Le Malade imaginaire ou Hamlet et qui finalise une adaptation animée de Cyrano. « Je n’ai jamais conçu ma carrière comme un tableau de chasse ou par volonté d’occuper le terrain, précise-t-il. Ayant été gâté très tôt, je n’ai jamais eu à travailler par calcul. »

Ses souvenirs affluent, dans un même élan réjouissant. « J’ai adoré la manière de travailler de Sofia Coppola ou de Danièle Thompson, gardé des liens d’amitié avec de nombreux acteurs, sans oublier les maquilleurs, les assistants… Que de belles rencontres avec des personnes qui adhèrent à un projet davantage qu’à une simple activité professionnelle ! » Il y a de la profondeur chez Guillaume Gallienne, une exigence forte envers lui-même et les autres. Quand on l’interroge sur son côté fédérateur, par exemple, le voici qui s’offusque presque de la question. « Je peux être agaçant à force d’avoir l’habitude de me donner de grands airs, non ? » réplique-t-il en guise de conclusion. Tout va très bien, merci.


Lady Nazka, de Damien Dorsaz, avec Devim Lingnau et Guillaume Gallienne. En salles le 10 décembre.

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