REPORTAGE. "C'est un lieu de réconfort" : à Atlanta, un orchestre réunit les enfants d'immigrés menacés par les expulsions décrétées par Donald Trump

Dans son allocution de fin d'année, mercredi 17 décembre, Donald Trump s'est de nouveau violemment attaqué aux immigrés. Le président américain, qui mène une politique d'expulsions massives et décrète de sévères restrictions à l'immigration, s'est félicité d'avoir enclenché un processus de "migration inversée" ou de "remigration".

C'est dans ce contexte qu'à Atlanta, dans l'Etat de Géorgie, une professeure de musique à la retraite a décidé de réunir des enfants d’immigrés au sein d'un orchestre qui leur apporte un peu de réconfort.

"Mes parents paient leurs impôts ici"

À l'heure du concert de fin d’année, Keyla, 14 ans, est sur scène pour jouer du violon. Quatre ans qu'elle fait partie de l'orchestre. La jeune fille est née aux Etats-Unis, mais ses parents sont arrivés illégalement du Mexique il y a vingt-cinq ans, alors Keyla s’inquiète quotidiennement qu’ils puissent être ciblés par la police de l’immigration. "C’est horrible de voir toute ma communauté affronter cette situation", confie-t-elle.

"Je vis avec l’angoisse qu’un jour ils ne rentrent pas à la maison, mais j’essaie aussi de garder espoir et je prie pour eux."

Keyla

à franceinfo

Les arrestations se multiplient en effet dans ce secteur, véritable carrefour culturel au nord d’Atlanta où de petites entreprises asiatiques ou sud-américaines sont installées de longue date.

Keyla, 14 ans, et la cheffe d'orchestre Juana, à Atlanta. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)
Keyla, 14 ans, et la cheffe d'orchestre Juana, à Atlanta. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

Les parents de Keyla, eux, travaillent dans le bâtiment. "Je me sens très fière de ma fille", confie Sylvia, la maman présente ce soir-là, même si rien que le fait de venir assister à ce concert constitue pour elle, qui n'a toujours pas de papiers, une prise de risque. "Pourtant mes parents travaillent dur et payent leurs impôts ici. C’est 25 ans de leur vie", s'indigne Keyla.

"Tous ces enfants sont nés aux États-Unis"

Un système de transport alternatif s’est donc mis en place, depuis l'intensification de la répression. Juana, la cheffe d’orchestre de 71 ans explique avoir collecté des fonds pour que ses élèves musiciens et leurs familles prennent un taxi plutôt que leur voiture, car c’est souvent au volant que ces arrestations ont lieu. "Il suffit que le conducteur n’ait pas la bonne couleur de peau", explique Juana.

Cette professeure de musique à la retraite a lancé il y a quatre ans cet orchestre qui compte aujourd'hui 52 enfants. "C'est un lieu de réconfort", assure Emily, alto en main et elle aussi fille d’immigrés mexicains, venus aux États-Unis pour lui offrir, dit-elle, "une vie meilleure".

"Quand je joue, tout ce que j’ai en tête, mon esprit embrouillé, tout cela s’évanouit dès que je prends l’instrument. Les angoisses disparaissent."

Emily

à franceinfo

Juana défend cette communauté d’immigrés, contre ceux qui les présentent comme des criminels. "Tous ces enfants sont nés aux États-Unis. Ils seront vos futurs médecins. Vos futurs avocats. Et nous devons leur inculquer le sentiment d’appartenance à ce pays, même si leurs parents ne sont pas en situation régulière", argue-t-elle. Et la cheffe d'orchestre d'insister : "Tous contribuent à cette société. Nous sommes là pour rester."