Notre critique du Pays d’Arto, une ode à l’Arménie

Il faut définitivement oublier Camille Cottin en rigolote de service. Depuis septembre dernier, on l’a vue en physicienne dans le - pas très réussi - Rembrandt, en lesbienne CSP+ lestée des enfants de sa sœur disparue volontaire dans l’excellent Les enfants vont bien  et la voici en veuve d’un Arménien dans Le Pays d’Arto. Des rôles de femme ancrée dans la vraie vie dans des histoires tout sauf drôles.

Dans ce film de Tamara Stepanyan, la comédienne est Céline qui se rend pour la première fois en Arménie afin d’obtenir l’acte de naissance de son mari, Arto. Une simple formalité administrative qui ne doit l’éloigner de ses enfants que deux jours. Sauf qu’Arto n’existe pas dans les archives locales. Ou plutôt, si mais sous un autre patronyme. « Il faut avoir une bonne raison pour changer de nom », lui lance une employée. Commence un travail de fourmi pour reconstituer un passé intimement lié au conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. C’est surtout un excellent prétexte pour évoquer cette guerre loin des radars médiatiques et dresser le portrait d’un peuple arménien trop méconnu.

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Les femmes au premier rang

Pour Céline, Arto était ingénieur, passé par Polytechnique. De fil en aiguille, elle découvre qu’il a fait la guerre, tué des gens, désobéi aux ordres et abandonné ses compagnons de route qui sont morts à cause de lui. Difficile de ne pas y croire quand on confie à sa veuve l’arme sur laquelle est gravé le nom d’Arto. Céline est opiniâtre. Elle veut tout savoir, ne lâche rien et s’accroche à la moindre information qui peut éclairer les années cachées de son mari. La rencontre avec Arsiné (la Franco-Iranienne Zar Amir Ebrahimi, prix d’interprétation à Cannes en 2022 pour Les Nuits de Mashhad) sera déterminante tout en permettant au film de propulser les femmes au premier rang.

À travers la figure d’Arsiné, Tamara Stepanyan met sur la route de Céline une alliée précieuse tout en cassant les codes. Car cette jeune femme solide et fidèle à ses convictions est aussi engagée que les hommes qui défendent leur territoire face à l’ogre azerbaïdjanais. Mais elle a aussi ses raisons d’aider la Française. Contrainte de fouiller le passé, Céline se voit embarquée dans un présent fait de tensions et de méfiances quand Arsiné regarde vers l’avenir avec espoir. Grâce à ce duo féminin, le récit prend une dimension intime, interroge la confiance, l’amitié, sans jamais oublier la question nationale.

Blessures d’une terre natale

Venue du documentaire et récompensée à plusieurs reprises, l’Arménienne Tamara Stepanyan, qui vit désormais en France, s’essaie à la fiction pour la première fois. Mais en continuant d’explorer les blessures de sa terre natale. Présenté en ouverture du Festival de Locarno, Le Pays d’Arto montre en quelques images la réalité d’un pays enclavé entre la Turquie et l’Azerbaïdjan, sans accès à la mer et pas dans le viseur au moment de choisir une destination de vacances.

Pourtant, ses montagnes pelées ont du charme, ses habitants sont accueillants et solidement attachés à leur nationalité. Dans le même temps, en juin 2021, période pendant laquelle se déroule le film, les archives régionales consistent en des kilomètres de papiers alignés dans des boîtes, les trains n’offrent que des bancs en bois à partager avec les poules et ici ou là des ruines rappellent que les autorités ont d’autres priorités que la sauvegarde du patrimoine. Rien de touristique pourtant dans ce récit. Mais plutôt une histoire de liens, de fantômes, de voyages intérieurs, de vitalité, d’entraide s’inscrivant dans un road movie dans la seconde partie qui mènera jusqu’au Haut-Karabakh, là où a combattu Arto. Là où, en 2023, quelque 120 000 Arméniens ont été forcés à l’exil après l’invasion de l’enclave par l’Azerbaïdjan. Un événement qui a servi de point de départ à l’écriture de ce film.

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