Presque cinq ans jour pour jour après le meurtre du jeune Lionel à Bordeaux, le quartier des Aubiers a été le théâtre d’une nouvelle fusillade mortelle, le soir du réveillon de Noël. Ce mardi 30 décembre, le procureur de la République de la Gironde, Renaud Gaudeul, a annoncé les mises en examens de trois hommes, respectivement âgés de 19, 20 et 24 ans, pour «tentative de meurtre en bande organisé», «association de malfaiteurs», et «détention d’armes en bande organisée». D’après les premiers éléments de l’enquête, «on considère que ce ne sont pas eux les auteurs de l’homicide, mais qu’ils accompagnaient la future victime», explique le procureur.
Le soir du 24 décembre, peu après 22h, une voiture Renault Mégane arrive sur la place Ginette Neveu dans le quartier des Aubiers, connue pour être un point de deal important. Quatre individus sont à bord, portant armes, cagoules et gilet pare-balles. Ils font feu à plusieurs reprises, mais sont visés également par des tirs d’«un ou plusieurs individus».
Passer la publicitéDeux d’entre eux parviennent finalement à prendre la fuite en voiture, tandis qu’un autre quitte les lieux par ses propres moyens. Le quatrième, un jeune de 19 ans, a lui été touché par plusieurs balles. À l’arrivée de la police et des secours, il est retrouvé gisant au sol. Il est immédiatement transporté au CHU de Bordeaux, mais malgré les soins prodigués, décède quelques heures plus tard.
La victime originaire de Trappes
L’autopsie réalisée le lendemain révélera 3 plaies, l’une a la tête, l’une à l’abdomen, et l’autre sur la cuisse. La victime était originaire et habitant de Trappes. Sans emploi, il était connu des services de police puisqu’il avait été condamné à 5 reprises pour trafic de stupéfiants.
Un équipage de la Compagnie départementale d’intervention (CDI) a retrouvé leur voiture, moteur tournant et portières ouvertes, quelques heures après les faits, à Bruges. Un fusil colt AR-15, pourvu d’un chargeur, est aussi découvert dans un jardin près de ce véhicule, 300 mètres plus loin.
Deux individus âgés de 20 et 24 ans sont retrouvés à bord d’un VTC, près du lieu de la fusillade, et sont immédiatement placés en garde à vue, le soir des faits. Le lendemain, après avoir exploité les données du VTC, les enquêteurs retrouvent l’adresse d’un Airbnb, situé à Artigues-près-Bordeaux, où un jeune homme de 19 ans, le dernier occupant du véhicule, est interpellé. L’enquête a révélé que les quatre individus s’étaient retrouvés dans ce même Airbnb, la veille des faits.
Les suspects ont «répondu à un appel»
Une autre perquisition au domicile de la victime, situé à Trappes, a permis la découverte d’un fusil à pompe et un pistolet 6-35, ainsi que des munitions.
Passer la publicitéLors de leurs gardes à vue, les trois suspects, habitants de Reims, indiquent être venus à Bordeaux par le train après «avoir répondu à un appel» leur disant de se rendre à Bordeaux. Deux d’entre eux sont frères, nés en Guyane. Tous se disent «sans profession et sans ressources». «Au moins l’un d’entre eux dit connaître la victime», indique Renaud Gaudeul.
Des zones d’ombre persistent cependant : pourquoi les quatre individus se sont-ils rendus dans le quartier des Aubiers ? «Leurs explications ne sont pas concordantes», selon Renaud Gaudeul. «À ce stade, aucun lien n’est établi avec de précédents épisodes survenus dans la cité des Aubiers», a-t-il ajouté.
Les investigations ne font que commencer. Le ou les tireurs qui ont fait feu sur la victime sont toujours recherchés. Une vaste opération de fouilles menée le week-end dernier dans les immeubles du quartier des Aubiers a conduit à la découverte d’un fusil à pompe, susceptible d’être l’arme du crime.
La piste privilégiée est un règlement de compte sur fond de trafic de produit stupéfiant. «Nous sommes face à l’intervention d’une équipe venue de l’extérieur, un phénomène qu’on ne voyait pas il y a un peu plus d’un an à Bordeaux, et que l’on retrouve maintenant dans de nombreuses autres villes», explique le procureur. Les trois hommes mis en examen ont été placés en détention provisoire.