En jetant un coup d'œil dans le rétro du monde de la bande dessinée pour observer l'année 2025 qui vient de s'écouler, il y a évidemment des albums de grande qualité, mais ce n'est pas tellement une œuvre ou un auteur qui vient à l'esprit en premier. En effet, 2025 a surtout été marquée par la lente agonie du festival d'Angoulême. En janvier, le quotidien l'Humanité révèle qu'une employée de la société organisatrice a été licenciée après avoir porté plainte pour un viol lors d'une soirée de l'édition précédente.
Une goutte d'eau qui fait déborder la colère de la profession, déjà très remontée contre le directeur Franck Bondoux, qui semble ne rien entendre du malaise. "Nous répondrons à tous les reproches qui nous sont adressés. Il n'y a rien de concret et je vais inviter tout le monde à regarder ce qu'a été la progression du festival depuis que nous avons créé cette structure en 2007. Il va falloir nous démontrer véritablement quelles sont nos erreurs beaucoup plus concrètement que par des phrases et des emportements", affirme Franck Bondoux.
Sa reconduction à la tête du festival en octobre termine de convaincre auteurs et éditeurs de boycotter l'édition suivante, comme l'a fait la lauréate du Grand Prix, Anouk Ricard. Les pouvoirs publics retirent leurs subventions, l'édition est annulée le 1er décembre par un communiqué d'avocats et la mairie tente d'organiser quelque chose fin janvier pour ne pas subir d'année blanche.
Asterix, Samuel et Undertaker...
Mais cette année 2025 a aussi été marquée par des albums marquants. Quelques énormes ventes, avec Astérix évidemment, dans une aventure en Lusitanie signée Didier Conrad au dessin et Fabcaro, de son vrai nom Fabrice Caro, au scénario. Ce dernier n'a rien pu en dire avant le jour de sa sortie, le 23 octobre. Un secret aussi bien gardé que la recette de la potion magique. "Souvent, je dis que j'ai l'impression de bosser pour la CIA, il faut faire gaffe à tout ce qu'on dit. Mais j'aime bien l'idée que jusqu'à la sortie, on ne sache pas grand-chose. Ça permet d'avoir une vraie découverte quand le livre sort", plaisante Fabcaro.
L'autrice Emilie Tronche a vu l'adaptation de sa série animée Samuel devenir l'un des best-seller du printemps grâce à l'histoire universelle d'un écolier amoureux. "C'est fou quoi, qu'on aime ce que j'ai fait, c'était quelque chose que j'avais démarré toute seule chez moi pendant le Covid. Et de voir maintenant où ça en est, c'est fou. Sur les réseaux sociaux, tout le monde s'en est emparé, c'est trop beau", s'émerveille Emilie, qui prépare la suite, centrée sur un autre personnage.
Le scénariste Xavier Dorison a eu une année assez folle lui aussi. Il a offert un huitième volume à son western Undertaker. L'auteur a également bouclé sa série animalière très politique, Le Château des animaux, et il a démarré avec le même succès un nouveau feuilleton historique Les gorilles du Général. "J'ai eu l'occasion de faire un premier album qui a marché et j'ai compris à quel point c'est un peu le chemin de vie qu'on cherche tous, c’est-à-dire trouver une activité qui vous permette de vivre et qui en même temps corresponde à votre caractère, la façon dont vous aimez vivre. Et c'est ça qu'on cherche", souligne Xavier.
Une précarité de plus en plus forte
Mais combien sont les auteurs de BD à vivre réellement de leur métier ? Une minorité car la profession se précarise. La situation est similaire chez les éditeurs indépendants. Plusieurs d'entre eux ont lancé des appels aux dons à la fin de l'année 2025 comme Ça et là, L'association ou Les Requins Marteaux. Alors que les Humanoïdes Associés se retrouvent en liquidation judiciaire, les ventes reculent tandis que les merveilles y sont nombreuses. À l'image de Béryl en bataille chez Sarbacane qui raconte l'histoire d'un enfant déscolarisé s'imaginant communiquer avec les animaux qui entourent la ferme de son père. Une histoire de deuil d'une inventivité folle pour laquelle Adèle Morris a reçu le prix du meilleur album au Salon du livre jeunesse de Montreuil.