Les électeurs centrafricains ont voté dimanche pour l'élection présidentielle où le sortant Faustin-Archange Touadéra part favori pour un troisième mandat consécutif en se targuant d'avoir stabilisé ce pays abonné aux conflits. Les bureaux de vote ont fermé à 18h00 (17h00 GMT) pour les élections présidentielles, législatives, municipales et régionales et le dépouillement a immédiatement commencé.
«L'ambiance a été clémente. Les gens ont pu voter dans le calme, sans incidents» a déclaré à l'AFP Nazaire Patchbale, président du bureau de vote de l'hôtel de ville à Bangui. Dans un autre bureau de vote, Béranger, 37 ans, a critiqué le déroulement des opérations et a choisi de ne pas voter. Il a expliqué à l'AFP, avoir remarqué des incohérences : «certaines personnes, bien que munies de leur carte d'électeur, ont pu voter alors que leurs noms n'apparaissaient pas sur la liste électorale.» À l'inverse, il a assuré que des citoyens inscrits sur les listes, mais privés de leur carte, s'étaient vu refuser l'accès au vote. Les résultats provisoires du scrutin présidentiel sont attendus le 5 janvier.
Passer la publicitéSituation sécuritaire fragile
Bien que la situation sécuritaire se soit améliorée depuis la guerre civile des années 2010, elle reste «fragile», selon le président sortant. Escorté par des mercenaires Wagner, des Rwandais et la garde présidentielle, le président Touadéra est arrivé à 11h00 au lycée Boganda pour voter. Il a appelé à voter «pour permettre à notre pays de se développer, pour permettre à notre pays de retrouver la paix, la sécurité», a-t-il déclaré devant la presse.
Selon plusieurs observateurs, l'armée, soutenue par les mercenaires de Wagner, a repoussé de plusieurs régions les groupes armés rebelles qui avaient perturbé les dernières élections fin 2020. Côté gouvernemental, tout semble avoir été programmé pour permettre à Faustin-Archange Touadéra (FAT), 68 ans, de l'emporter dès le premier tour. Élu en 2016 puis réélu en 2020 lors d'un scrutin entaché d'accusations de fraude, il est critiqué pour avoir fait adopter en 2023 une nouvelle Constitution lui permettant de se maintenir au pouvoir.
Une partie de l'opposition boycotte le scrutin, dénonçant une «mascarade» et l'absence de dialogue politique. Sept candidatures à la présidentielle ont été validées, dont deux jugées crédibles face à FAT: Anicet-Georges Dologuélé, le chef de file de l'opposition arrivé second lors des deux dernières élections et considéré comme le principal challenger, et Henri-Marie Dondra, candidat de l'Union Républicaine (UNIR), ancien Premier ministre de FAT passé à l'opposition.
Anicet-Georges Dologuélé a voté vers 10h00 (09H00 GMT) dimanche matin à l'hôtel de ville de Bangui. À l’issue de son vote il a appelé «à voter et à faire le bon choix pour ne pas le regretter demain et pendant les sept prochaines années». L'Autorité nationale des élections (ANE) affirme avoir accrédité plus de 1.700 observateurs nationaux et internationaux, dont notamment l'Union européenne, la Communauté économique des États de l'Afrique centrale (CEEAC), et 32 de l'Union africaine.
Les scrutins centrafricains clôturent, avec la présidentielle en Guinée organisée le même jour, une année riche en élections sur le continent africain, marquée par une montée de l'autoritarisme et de la répression parfois violente des oppositions et le maintien de nombreux dirigeants déjà en place (Cameroun, Côte d'Ivoire, Tanzanie notamment) à l'issue de votes dont les principaux opposants ont été exclus.
Passer la publicité«Candidat de la stabilité»
Aujourd'hui, près de 90% du pays est de nouveau sous l'autorité du gouvernement, contre 80% tenu par les groupes armés en 2021, soulignent plusieurs analystes interrogés par l'AFP. FAT se présente comme le «candidat de la stabilité», en mettant en avant d'autres progrès en plus de la sécurité: des routes ont été bitumées, l'éclairage public installé sur les principales voies et les canaux d'évacuation des eaux de pluie rénovés dans la capitale. Mais la vie des Centrafricains, dont 71% vivent sous le seuil de pauvreté, reste précaire, avec un manque des services de base, de routes carrossables, un chômage endémique, un taux de formation faible et un coût de la vie de plus en plus élevé.