Quand Vadim crée BB, Brigitte n'est encore qu'« une petite-bourgeoise, une fille à papa-mama , sourit Henri-Jean Servat, ami et auteur de Style Bardot (Éd. Flammarion). Une jolie poupée aux airs de caniche Pompadour que sa mère faisait déambuler dans le salon familial avec les chapeaux qu'elle confectionnait pour ses copines du 16e arrondissement. » C'est sur le tournage de Et Dieu créa la femme en 1956 que la jeune fille officiant depuis ses 15 ans comme mannequin pour le magazine Elle révèle un style très personnel. «Brigitte se sentait en confiance, entourée de son mari et de ses amis à Saint-Tropez, un village qu'elle connaît comme sa poche car elle y passait tous ses étés depuis l'enfance, reprend le chroniqueur mondain. Vadim, qui a imaginé le personnage de Juliette pour elle, l'encourageait à s'habiller comme elle le souhaitait. »
Qu'à cela ne tienne, Bardot veut porter des ballerines. « Elle avait ses habitudes chez Repetto, car elle prenait des cours au Conservatoire de danse de Paris. Pour le tournage du film, elle a commandé à Rose Repetto (la fondatrice, NDLR) des chaussures aussi confortables que des demi-pointes. C'était la première fois qu'un article de danse était détourné en objet de mode », nous raconte-t-on au sein de la marque française. La simplicité des petits souliers plats très décolletés sur les orteils tranche avec la sophistication des escarpins jolie madame de l'époque. Les jeunes femmes se précipitent dans l'atelier rue de la Paix, à deux entrechats de l'Opéra Garnier, pour acheter les Cendrillons, qui resteront longtemps un best-seller.
Trois ans plus tard, Bardot épouse le comédien Jacques Charrier dans une robe Vichy blanc et rose. La « Vichymania » s'empare alors des Françaises. Même phénomène d'identification pour son chignon choucroute coiffé décoiffé que Godard essaiera de « rapetisser » sur le tournage du Mépris. « Je lui ai dit “si je marche sur les mains, est-ce que pour chaque mètre que je marche vous acceptez de baisser d'un centimètre votre coiffure ?”» Le Suisse parcourra quinze mètres sur les mains ce jour-là…
De Saint-Tropez à l'Élysée
Si BB lance les modes (des cuissardes, de la marinière, du panier…), elle ne les suit jamais. Hepburn restera toute sa vie fidèle à Hubert de Givenchy, Deneuve à Yves Saint Laurent, Grace Kelly à Christian Dior, la blonde fatale de la Madrague, elle, n'en fait qu'à sa tête : « La couture, c'est pour les grands-mères », disait-elle. Elle préfère le style bohème de Jean Bouquin, couturier et homme de théâtre rencontré à Saint-Tropez. « Elle adorait les vêtements qui la laissaient libre, les créations un peu barrées, confirme M. Servant. Brigitte détestait les corsets, les gaines qui entravaient les femmes à l'époque, tous ces trucs inconfortables. »
La demoiselle a le chic pour mettre en scène sa désinvolture, incarnant, malgré elle, la révolte de mai 68 et le mouvement d'émancipation des femmes. D'autant qu'elle n'hésite pas à défier le protocole avec la candeur qu'on lui connaît. « En 1967, pour le dîner annuel des Arts et des Lettres, Mme de Gaulle avait fait dire à André Malraux qu'elle ne voulait pas de “cette petite chose qui se balade toute nue”. Le ministre de la Culture lui a alors expliqué qu'elle était l'actrice la plus populaire de France et rapportait au pays davantage que la régie Renault », ne se lasse pas de raconter Henri-Jean Servat. La première dame consent donc à l'inviter. «À la condition qu'elle porte une petite robe noire et surtout, un chignon. » avait-elle dit. Le soir, Brigitte arrive la chevelure dénouée dans un costume de hussard griffé Renoma, le tailleur pour (jeunes) hommes de la rue de la Pompe. « Elle est alors devenue la première femme à porter un pantalon à l'Élysée. »