«Il faut se battre pour les sauvegarder» : le chef Alain Fontaine défend les bistrots et cafés français, touchés par la crise

«On parle de déserts médicaux, mais on pourrait aussi parler de déserts de sociabilité», se désole Alain Fontaine, président de l’Association française des maîtres restaurateurs, face à la crise qui touche les bistrots et cafés français. Et le constat est lourd : de 508.000 bistrots et cafés recensés en France en 1900, il en reste moins de 40.000 aujourd’hui, rappelle-t-il ce lundi 22 décembre sur la matinale de France 2. Convaincu pourtant que ces lieux de restauration sont «le premier réseau social», avant tous les autres, il estime qu’«il faut se battre pour les sauvegarder». «Il va y avoir un retour de balancier. Dans quelques années, les gens vont être las de se voir à travers un écran, de ne pas se parler. En cela, les bistrots et cafés ont un avenir extraordinaire», plaide le restaurateur parisien, qui a réussi à faire classer «les pratiques sociales et culturelles dans les bistrots et cafés en France» au patrimoine culturel immatériel français. Une reconnaissance officielle, préalable à un classement à l’Unesco, qu’il porte de ses vœux.

Il faut que les bistrots et cafés «se réinventent, mais surtout se réimplantent en province et dans les quartiers», poursuit Alain Fontaine, déplorant la «désindustrialisation» ainsi que la «déruralisation», qui ont conduit selon lui au long déclin de ces espaces de restauration typiquement français. Pour renverser la tendance, il imagine qu’ils pourraient devenir des commerces «multiservices» dans lesquels les habitants de petits villages pourraient trouver tout ce dont ils ont besoin, et qu’ils fassent ainsi office de «dépôts de pains», «maraîchers» voire de «librairies». Pour le chef, il faudrait que tout le monde puisse y trouver «des produits de première nécessité» sans avoir à faire des kilomètres. Et de rappeler : «il y a 35.650 villes en France, 22.000 n’ont plus de commerces, ni bistrot, ni café».

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La faute à qui selon lui ? Les bistrots sont «devenus désuets dans les années 1990», en même temps que l’avènement des fast-foods américains dans l’Hexagone, témoigne Alain Fontaine, évoquant la jeune génération qui a perdu l’habitude et le goût de fréquenter les bistrots de quartier. Selon ses chiffres, 70% de la jeune génération aurait ainsi été «perdue». «Ceux qui sont nés dans les années 1990 ont été vaccinés aux fast-foods et ne connaissent plus le chemin qui mène aux bistrots» pourtant si «bons pour la santé». D’abord parce qu’ils font office d’«antidépresseur», où le lien social revit, et ensuite parce qu’ils permettent de «manger des produits de qualité». Et ce, dans un contexte où l’obésité a, en France, «augmenté de 25% en presque 30 ans».