Nikola Karabatic : «Si on m’avait dit, il y a dix ans, que j’allais apprécier être à la retraite, je ne l’aurais pas cru»

Sa première année en tant que retraité

«C’est passé à vitesse grand V. Si on m’avait dit, il y a dix ans, que j’allais apprécier être à la retraite, je ne l’aurais pas cru. J’ai appris à vivre autrement, sans les émotions et l’adrénaline de la compétition, et j’ai pris énormément de plaisir. Le terrain ne me manque pas. Maintenant, je vis le handball en tant que spectateur et simple amoureux de sport. Je suis dans les tribunes, je vais voir les matchs du PSG, je regarde l’équipe de France. J’amène mes enfants à l’école de handball aussi. Par ailleurs, j’ai fait plein de choses totalement différentes, comme participer à des conférences en entreprise, écrire une BD avec mon frère, commenter le Super Bowl (en football américain). J’ai investi dans des start-ups et conseillé certains de leurs dirigeants sur la santé mentale. Et j’ai eu beaucoup plus de temps pour ma famille, pour mes enfants. J’ai fait ma demande en mariage au bout d’un an. Donc voilà, ça a été une année folle.»

Une appréhension de la retraite

«Oui, je l’appréhendais. Pendant longtemps durant ma carrière, je n’ai pas pensé à l’après, et je ne voyais pas ce que cela pouvait être. Je n’arrivais pas à me l’imaginer. Je m’étais conditionné toute ma vie pour faire ce que je fais. Le handball, c’était à la fois mon identité et mon rêve. Y mettre un terme, cela me faisait peur. Il y avait plein de questionnements comme le fait, tout bêtement, de savoir ce que j’allais faire. Raphaël (Varane) l’a très bien expliqué en disant qu’on ne peut pas se préparer à l’après. On peut te donner des clés, mais ça doit venir de toi. Tu dois franchir le cap et accepter, mentalement, de faire le deuil de la première partie de ta vie. J’ai dû aussi faire le deuil de cet esprit de compétition, le laisser derrière moi, en sachant que je n’avais plus rien à prouver. Maintenant, je fais les choses pour le plaisir de le faire, parce que ça résonne en moi. Je ne le fais plus pour les autres. Je suis heureux également que ma première vie ait eu une fin, parce que ça m’a permis de comprendre que je ne suis pas qu’un handballeur, je ne suis pas qu’un compétiteur. J’ai d’autres choses en moi. Je suis aussi un papa, un futur mari. J’ai d’autres activités. J’ai plein de choses dans lesquelles je prends du plaisir. Ma vie est différente. Il y a moins de pics d’émotions mais elle est plus équilibrée, plus calme.»

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La sortie de son autobiographie

«Au début, je ne voulais pas trop faire cet exercice-là parce que j’en avais un petit peu peur. Je me demandais pourquoi le faire ? Qu’est-ce que je vais apporter de plus avec une autobiographie alors que j’ai déjà donné tellement d’interviews, je me suis déjà tellement raconté ? Je n’avais pas envie de simplement raconter mes médailles et je n’étais pas convaincu d’avoir envie de cela. Et puis au bout d’un moment, le fait de faire cette BD m’a permis d’apprécier le process d’écriture, de transmission. À côté de ça, mon éditeur m’a encouragé alors que mon agent, Bhakti Ong, me tanne, lui, depuis dix ans pour que je me lance. Du coup, l’idée a fait son chemin et je me suis dit que j’avais peut-être des choses différentes à apporter, plus profondes, et que d’écrire un livre pourrait servir à quelqu’un d’autre. Aujourd’hui, je suis tellement heureux de l’avoir fait. Je ne sais pas si ça servira à quelqu’un d’autre, mais en tout cas, ça m’a déjà servi à moi. Le fait de faire ce travail d’introspection, de revenir sur mon parcours a provoqué des discussions avec plein de membres de ma famille, tout en me permettant de faire de belles rencontres, comme celle avec Basile (De Bure), qui a coécrit le livre.»

La transmission et les Étoiles du Sport

«Maintenant, je me rends davantage compte que ma voix porte auprès des jeunes, d’autres sportifs. Pendant ma carrière, d’une certaine manière, je m’en rendais compte, mais je ne voulais pas trop m’attarder dessus et l’accepter parce que, d’une certaine manière, c’est aussi une pression. Inspirer des gens, c’est un pouvoir génial, mais ça peut te mettre énormément de pression. Tu dois faire attention à tout ce que tu dis, à tes moindres faits et gestes. Pendant ma carrière, j’ai essayé de me blinder par rapport à tout ça. Et puis le fait d’avoir des enfants m’a changé. J’ai commencé à mieux comprendre ce côté transmission, et j’ai commencé à y prendre du plaisir, sans le voir comme une responsabilité, mais comme quelque chose à offrir. J’essaie simplement de transmettre ce que j’ai vécu et ce que j’ai ressenti et si ça peut aider d’autres, leur donner quelques clés, c’est génial. Et cette transmission est au cœur des Étoiles du Sport. J’adore connaître le parcours des athlètes, savoir comment ils en sont arrivés là, qu’est-ce qui les a inspirés, quelle a été leur motivation… Je suis comme un fou d’être à table avec Marie-Jo (Pérec), Martin (Fourcade), Jo-Wilfried (Tsonga)… Et puis de voir les plus jeunes arriver, de voir la manière dont ils me regardent et, après, de discuter et d’échanger, c’est tellement enrichissant.»

Un avenir dans le handball

«J’ai clos mon chapitre «joueur pro de hand». Je ne ferai pas de come-back. Maintenant, le chapitre handball, pour moi, n’est pas clos parce que je le vis de manière différente. Déjà, j’ai ces stages pour enfants que je veux développer avec Luka (Karabatic, son frère). J’ai mon fils qui fait du hand. De temps en temps, je vais le coacher en moins de 11 ans dans son club. Parfois, je vais dans des clubs amateurs, je joue avec des jeunes. Peut-être qu’un jour, quand mes enfants partiront de la maison, je reviendrai dans le monde du handball de manière professionnelle, dans un autre domaine, entraîneur, manager… Je n’en sais rien. C’est possible parce que je pense que j’en ai les compétences. Mais là, aujourd’hui, je n’en ressens pas l’envie. Je ressens plutôt le besoin de couper avec le monde professionnel, qui est quand même un monde exigeant et dans lequel on doit s’engager à 200%. Ça, je ne peux pas le faire pour l’instant. Je n’ai vraiment pas de plan de carrière. Pour l’instant, je suis un peu les opportunités, le flow.»

Un jour sélectionneur de l’équipe de France ?

«Tout est imaginable, c’est sûr. Je pense que Tony (Parker) et Zizou (Zidane) sont un peu plus avancés que moi sur cette voie-là. Et de voir le plaisir qu’ils prennent dans leur métier, je pense que ça doit être... C’est un métier qui doit être tellement beau, celui de coach. Et je pense qu’un jour, comme je suis très curieux, j’aimerais ressentir ce que ressent un coach à ce niveau-là, de voir la difficulté, le bonheur, le plaisir et les émotions qu’apporte ce métier… Je pense qu’un jour, je testerai, mais ce n’est pas pour tout de suite. Il faut une période de transition à mon sens pour avoir l’envie de repartir. Parce que c’est difficile d’enchaîner. Certains enchaînent direct parce qu’ils se sentent prêts. Mais je sais que pour moi, ce n’est pas la bonne solution. J’ai besoin d’avoir ce sas, de voir d’autres choses dans la vie, d’autres domaines. Du coup, si un jour je reviens et que je deviens coach, je sais que je le ferai pour les bonnes raisons.»

Nikola Karabatic Les Etoiles du Sport

Une carrière faite de sacrifices ?

«Pour moi, non. Je savais que je ratais plein de choses, comme les anniversaires de ma fille, ceux de mes meilleurs amis, mais je ne vivais pas ça comme un sacrifice. Je savais que c’était comme ça et même si j’aurais aimé être auprès d’eux à ces moments-là, c’était la vie que j’avais choisie et je prenais du plaisir à tout ça. C’était un bonheur. Enfant, je rêvais, je voyais des plus grands comme moi partir en stage l’été et, je voulais faire comme eux. Donc non, ça n’a jamais été un sacrifice. Même si c’est vrai qu’avec l’âge, tous les déplacements devenaient, parfois, lourds à porter. Quelques fois, dans ma carrière, il m’est arrivé de me dire, comme un mantra : «c’est cool ce que tu fais, prends du plaisir !», Parce qu’il y a des moments dans une saison où c’est très long, et répétitif, avec les mêmes entraînements, les mêmes échauffements, les mêmes déplacements. Donc il faut parfois bosser un peu sur soi pour garder le plaisir intact.

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Ses trois médailles d’or olympiques

«Je ne les ressors pas très souvent parce qu’elles sont dans un coffre-fort à la banque. J’essaie d’aller dans des écoles pour parler des Jeux, des valeurs olympiques, de mon histoire et de montrer ces médailles aux enfants. C’est vrai que l’objet a toujours la même magie. Je me souviens de la première fois que j’ai vu une médaille d’or olympique, c’était avant Pékin, en 2008, et c’était un skieur, Jean-Pierre Vidal, qui était venu nous montrer sa médaille lors d’un stage. Je me souviens qu’il nous avait dit de ne pas la toucher parce que ça portait malheur. Le fait de la voir comme ça, ça m’avait marqué. Mais au final, à mes yeux, même la médaille d’argent qu’on a eue à Rio a une aura que n’ont pas mes médailles de champion du monde, de champion d’Europe ou de Ligue des champions. La médaille d’or olympique revêt une valeur universelle, c’est le Graal que tous les athlètes recherchent. Une médaille d’or olympique, tu la présentes à quelqu’un, même s’il ne connaît pas le handball, il est impressionné. C’est l’équivalent d’un Oscar au cinéma.»