Les enfants vont bien : Camille Cottin, émouvante mère de substitution

Merci du cadeau. Elle ne demandait rien, et elle se retrouve avec les enfants de sa sœur sur le dos. Ça, Jeanne ne s’en remet pas. Deux ans qu’elle n’avait pas vu Suzanne et voici que celle-ci débarque sans crier gare, déguerpit pendant la nuit en lui laissant Gaspard et Margaux. Une lettre d’explication n’explique pas grand-chose. Et dire que Jeanne s’était séparée de Nicole (Monia Chokri, artiste qui ne peint que des nus) parce qu’elle refusait la maternité ! Quel piège. La police hausse les épaules. La disparue est majeure. Jeanne appelle au secours. L’administration lui répond : paperasse. Les neveux ne comprennent pas. « Elle est où, ma mère ? » La question revient sans cesse. Jeanne ne sait pas, ne sait plus.

Le numéro de Suzanne reste silencieux. Elle laisse des messages pour rien. C’est le mois d’août. Il faut occuper les nouveaux locataires malgré eux. Elle les emmène au camping, à un feu d’artifice sur la plage. Elle fait ce qu’elle peut. Elle s’adapte. La réalité lui tombe dessus. Surtout, ne pas être dépassée. Comment font les autres ? Il y a les courses au supermarché. Gaspard veut toujours des glaces. Les journées ne contiennent plus assez de minutes. Margaux pique une crise dans la baignoire. Jeanne n’en peut plus. La rentrée approche. Il faut les inscrire à l’école. Il s’agit d’un parcours du combattant. La cadette réclame des fournitures. L’aîné arrondit les angles. Il souffle les bougies de son dixième anniversaire, désigne désormais sa mère par son prénom. La tante les apprivoise.

Passer la publicité

L’étoffe d’une Girardot

Nathan Ambrosioni retrouve son domaine de prédilection, la famille (son film précédent s’intitulait Toni en famille ). Il n’y a pas plus romanesque. Le cinéaste montre une femme au bout du rouleau, un être flou, accablé de responsabilités, qui ne se sent pas à la hauteur et qui avait peut-être déjà essayé d’abandonner sa progéniture dans une station-service. Juliette Armanet confirme ses talents de comédienne. Elle est sur la brèche, le qui-vive, une immense fatigue lui pesant sur les épaules. Elle les aime, Gaspard et Margaux, mais elle n’y arrive plus. Pour elle, les choses sont impossibles. Elle les refuse. Une seule solution : la fuite. Qu’on lui pardonne d’avance. Au revoir les enfants.

Camille Cottin se dresse comme un donjon. Elle s’en serait bien passée, de ce rôle de maman par inadvertance. Belle ironie du sort. Son visage est un arc-en-ciel. Il glisse sur lui toutes les couleurs des sentiments. Le front plissé de gravité, le regard lourd et inquiet, esquissant soudain un pauvre sourire, elle a l’étoffe d’une Girardot dans sa grande période. Observation juste et attentive, sûreté et maîtrise, Ambrosioni saisit des moments fragiles, prend le malheur dans ses bras, filme la vérité avec des gants - cette délicatesse. Il parle le cinéma comme sa langue naturelle. Le prouvent deux séquences : l’une dans laquelle Gaspard et Margaux décrochent le téléphone et écoutent une respiration au bout du fil, l’autre où une boîte de pêches au sirop ressemble à un message d’amour, à un remède contre le chagrin.


La note du Figaro : 3/4

Информация на этой странице взята из источника: https://www.lefigaro.fr/cinema/les-enfants-vont-bien-camille-cottin-emouvante-mere-de-substitution-20251202