"Je n'ai pas ouvert une seule bande dessinée depuis mon licenciement", témoigne ce mardi sur France Inter Elise Bouché-Tran, après l'annonce de l'annulation de l'édition 2026 du Festival d'Angoulême par la société 9eArt+, accusée par de nombreux auteurs de dérives commerciales, mais aussi de mauvaise gestion et de management toxique. Tout est parti de la plainte de cette ancienne salariée. Pour préserver son anonymat, elle s'est longtemps fait appeler Chloé. Cette ex-responsable communication de 9eArt+ accuse l'entreprise de l'avoir licenciée, après qu'elle a raconté avoir été victime d'un viol en marge du festival en 2024.
"C'est peut-être le moment de faire table rase", estime Elise Bouché-Tran qui espère que, de ces péripéties, pourra "naître un nouveau festival avec une nouvelle gestion, un nouveau fonctionnement". Elle "souhaite que le Festival puisse repartir de manière complètement différente en remettant au centre les personnes qui créent, les artistes. Peut-être qu'à ce moment-là, je pourrai me dire que je pourrai y retourner, pour le plaisir cette fois-ci et pas pour le travail", avance la jeune femme de 32 ans.
Deuxième annulation après 2021
Face à la pression, la société 9eArt+, qui organise l'événement depuis 2007, n'a pas eu d'autres choix que d'annuler la prochaine édition. Depuis sa création, en 1974, c'est la deuxième annulation après celle de 2021 pour épidémie de Covid. "Moi ça me soulage, j'ai l'impression que c'est l'aboutissement de quelque chose qui a été long pour moi, pour les auteurs, et les autrices également. Finalement, ça montre qu'on ne peut pas toujours s'en tirer avec un management aussi toxique que celui de mon ancien employeur", poursuit-elle. "La vérité a éclaté, ça montre que les femmes peuvent se rassembler et qu'il y a énormément de sororité", selon Elise Bouché-Tran, même si pour elle cela n'a pas toujours été facile.
"À partir du moment où j'ai révélé ce qui s'est passé, je n'ai reçu aucun soutien de la part de mes ex-collègues. Il n'y en a aucun qui a répondu à mes messages ou qui m'a appelé. Je me suis retrouvée complètement seule", regrette l'ex-salariée. "C'est depuis que j'ai été ajoutée dans une conversation WhatsApp avec tous les auteurs et les autrices que j'ai vraiment vu le soutien que je n'avais jamais vu avant. C'est là que j'ai compris que je n'étais pas toute seule".