Le design auto à l’ère de l’intelligence artificielle

Cela ressemble au cauchemar d’un designer automobile : définir le cahier des charges d’un nouveau modèle, le traduire en instructions à donner à une IA générative, appuyer sur un bouton et en quelques minutes à peine, obtenir une silhouette figée. Ainsi pourraient être dessinées les autos de demain. À voir dans nos rues certains modèles dont le dessin insipide donne l’impression d’être cloné – n’entend-on pas souvent comme un refrain que les voitures se ressemblent toutes ? –, on pourrait même se demander si cela n’a pas commencé.

Heureusement, ce n’est pas le cas. Pas encore, sinon pour un concept virtuel comme la Ferrari F76, conçue avec une méthode de design génératif, ou les supercars Czinger 21C et Vittori Turbio (avec Pininfarina). Mais même ici, l’IA a joué un rôle collaboratif avec de véritables designers. Dans la plupart des cas, si cette nouvelle technologie est bien partie prenante du design automobile, ce n’est pas tant pour créer de nouvelles formes que pour faciliter le processus créatif. Et laisser la matière grise des designers mieux s’exprimer, leur geste restant prépondérant.

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Des gains de productivité

Gilles Vidal, vice-président design de Stellantis Europe en est un témoin privilégié : « Cela fait trois ans que l’on utilise l’intelligence artificielle. Avec elle, on est peut-être dans l’une des plus grandes révolutions que l’humanité ait connues, cela va au-delà de l’invention de la roue ! » En quelque sorte, un outil de plus en plus efficace pour soutenir le processus créatif du design automobile grâce à sa faculté à décupler la rapidité de ses différentes étapes.

Mais pour ce qui concerne la création pure, l’IA n’est pas capable de remplacer le designer. Au mieux, elle fera une bonne synthèse, mais toujours sur la base de modèles existants. « Si je demande à l’IA de sortir une Citroën SUV de 2050 ultra-aérodynamique, au mieux, elle va aller chercher sur internet ce qui est hashtagué par rapport aux mots-clés que je lui ai donnés, et me proposer une compilation », explique le designer de Stellantis. « Si je veux avoir des chances de trouver une bonne proposition, je vais relancer cent fois le même prompt (les instructions détaillées de création pour l’IA, NDLR), et puis je vais peut-être en sortir deux ou trois idées un peu intéressantes, mais elles seront obtenues de manière totalement fortuite et aléatoire. C’est bien mon œil humain, intelligent, qui va savoir identifier les projets qui présentent un certain potentiel. Mais cela ne fait pas une voiture qui marche, qui est finie et faisable. »

Gilles Vidal, nouveau directeur du style des marques européennes de Stellantis. sdp

Des outils sur mesure pour la confidentialité

Plutôt que de s’appuyer sur internet, il est plus judicieux pour un constructeur de créer sa propre IA, capable de travailler selon son ADN plutôt que d’aller chercher des images dans le monde entier. « Nous possédons désormais des outils que nous avons développés pour des raisons de confidentialité, mais aussi pour pouvoir effectuer des entraînements spécifiques. Et on nourrit ces modèles d’IA avec les créations des designers parce qu’eux seuls sont capables d’avoir une démarche de créativité pure, d’inventer des choses qui n’existent pas déjà », assure Gilles Vidal. C’est alors que ce type d’IA prend tout son potentiel, lorsque sur la base d’une bonne esquisse, il est possible d’accéder à 200 croquis en un temps record. Autre application de sa puissance de calcul phénoménale : transformer un croquis en deux dimensions en modèle 3D demande à peine trente secondes, épargnant entre deux et trois jours de travail de modelage 3D au designer. Une technique appliquée aussi par Kia Design en collaboration avec le logiciel Autodesk pour la création de variantes de jantes par exemple.

Dans les bureaux du Toyota Research Institute aux États-Unis, on se sert de ces aides notamment pour les définitions de plate-forme et les ajustements aérodynamiques au départ d’un nouveau projet. Une autre application de l’efficacité inégalée de cette nouvelle technologie réside dans le cas où le travail d’ingénierie d’un modèle est en phase avancée et toutes les sections sont tracées sous la peau de la voiture.

Des outils numériques devenus indispensables dans le processus créatif. sdp

Si les designers souhaitent en modifier l’aspect, ou bien lorsque deux variantes sont décidées sur une même base, au lieu de passer une à deux semaines de travail pour refaire le calcul de structure, l’IA s’en charge instantanément. Et lorsque le hasard des calculs amène à certaines solutions séduisantes, elles devront in fine attirer l’œil du designer pour être intégrées au dessin final. Commence alors un long travail visant la perfection dans l’exécution qui ne peut être déléguée aux machines. L’humain n’est pas près de passer la main.

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