« Il y avait du sang partout » : à Sydney, la communauté juive frappée par un attentat

La panique se lit dans les images de Bondi Beach. Des vêtements épars, des chaussures et des serviettes abandonnés sur le sable blanc de la plus célèbre plage de Sydney. Au-dessus, sur la route, la lumière bleue des gyrophares éclaire les secours qui se pressent autour des victimes. Seize personnes au moins ont perdu la vie, dont un Français selon le Quai d’Orsay, quand, dimanche soir, en début de soirée, deux hommes ont ouvert le feu sur une foule qui célébrait la fête juive de Hanoukka sur une pelouse d’un parc surplombant l’océan. Selon les autorités municipales, 40 autres personnes ont été blessées, dont deux policiers. Un bilan provisoire. « Nous avons entendu les coups de feu (…), dix minutes de détonations incessantes. On aurait dit une arme puissante », a déclaré à l’AFP Camilo Diaz, un étudiant chilien de 25 ans qui, comme beaucoup d’habitants, avait rejoint cette plage connue pour ses surfeurs et son ambiance. « Il y avait du sang partout », raconte un autre témoin, fuyant le quartier habituellement festif et bruyant, entièrement bouclé dimanche par des policiers en armes.

L’un des deux auteurs de l’attaque a été tué tandis que l’autre, blessé, a été arrêté et se trouvait dans un état critique, affirme la police de l’État de Nouvelle-Galles du Sud. Les motifs antisémites de cette tuerie ne font aucun doute. « Cette attaque visait la communauté juive de Sydney le premier jour de Hanoukka », a rappelé le premier ministre de l’État, Chris Minns. Il s’agit d’un « acte terroriste », a, dans la foulée, déclaré le chef de la police de l’État, Mal Lanyon. « Nous avons découvert un engin explosif artisanal dans une voiture liée au criminel décédé », a-t-il ajouté. L’identité des deux tireurs n’avait pas été dévoilée dimanche. La police tentait toujours de savoir si un troisième homme n’était pas impliqué. Dans la nuit, les enquêteurs menaient des perquisitions dans une maison de la banlieue de Sydney où deux personnes ont été placées en garde à vue.

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« Le mal s’est déchaîné sur la plage de Bondi au-delà de tout entendement », a déploré le premier ministre australien, Anthony Albanese. « Il s’agit d’une attaque ciblée contre les Juifs (…) un acte malveillant, antisémite et terroriste qui a frappé le cœur de notre nation. Une attaque contre les Juifs est une attaque contre tous les Australiens », a-t-il continué avant de saluer les « héros » qui sont intervenus lors de l’attaque. Une allusion à une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant un homme corpulent qui parvient, à mains nues, à ceinturer puis à désarmer l’un des tireurs. Ce dernier, vêtu d’un polo noir, trébuche avant de prendre la fuite. Selon la presse locale, le héros s’appelle Ahmed al-Ahmed, 43 ans, un vendeur de fruits, qui a été blessé par balle à deux reprises lors de son intervention.

Agressions antisémites en hausse

Mais ni cet acte de bravoure ni les mots du chef du gouvernement ne suffiront à apaiser les craintes des Juifs d’Australie et la polémique qui se noue. Il s’agit d’une « tragédie, mais tout à fait prévisible », a ainsi dénoncé Robert Gregory. Le chef de l’Association juive d’Australie explique que le gouvernement « a été averti à maintes reprises, mais n’a pas pris les mesures adéquates pour protéger la communauté juive ». Selon des médias locaux, peu de policiers étaient présents autour de cette cérémonie organisée par la communauté loubavitch, un groupe orthodoxe. Dans ce pays où la législation sur les armes est très stricte et les fusillades de masse rares, cette tuerie a particulièrement ému.

Elle vise une communauté juive, forte d’environ 120 000 âmes, déjà inquiète après avoir subi une série d’attaques ces dernières années. Selon les organisations juives, les agressions ont augmenté après l’attentat du 7 Octobre, conduit par le Hamas, et la guerre à Gaza qui a suivi. « Les chiffres des incidents antisémites sont en hausse, à un niveau que nous n’avions jamais vu depuis les plus de trente ans que nous collectons des données », a indiqué, sur Sky News, Daniel Aghion, le président du Conseil exécutif des juifs d’Australie.

Sur les douze derniers mois, des synagogues à Sydney et Melbourne ont été la cible de graffitis ou de tentatives d’incendie. D’autres sites, notamment des restaurants, des commerces ou des lieux communautaires, ont aussi été visés. En août, le gouvernement australien a accusé l’Iran d’être à l’origine de deux de ces attaques et a expulsé l’ambassadeur de Téhéran. Quelques mois auparavant, une unité spécialisée avait été formée pour enquêter sur les crimes et délits à caractère antisémite.

Pour l’Association des Juifs australiens, cela ne suffit pas. « Combien de fois avons-nous alerté le gouvernement ? Nous n’avons jamais eu l’impression d’être entendus », déplore-t-elle sur Facebook. Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, en a profité pour accuser le gouvernement australien d’avoir « jeté de l’huile sur le feu de l’antisémitisme », en référence à sa lettre envoyée à Anthony Albanese après l’annonce par Canberra de sa décision de reconnaître un État palestinien.

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