"On voit des ossements apparaître" : une structure du XVIe siècle pour exposer les cadavres des condamnés à mort découverte à Grenoble

Une découverte exceptionnelle et macabre. À Grenoble, des archéologues ont mis au jour un gibet. Une structure destinée à exposer à la vue des passants les cadavres des condamnés à mort. L'existence de ce genre d'édifice de la justice médiévale en France était déjà connue, mais il est très rare d'en retrouver les traces, et c'est grâce aux archives écrites que les archéologues ont pu comprendre ce qu'ils avaient déterré.

Quand ils débutent leurs fouilles, il y a un an, le site n'est qu'un vaste parking à l'entrée de Grenoble, en plein chantier de réaménagement. Les archéologues de l'Institut d'archéologie préventive (Inrap) et leur responsable scientifique Nicolas Minvielle-Larousse, enlèvent le bitume et commencent à gratter la terre : "On voit des fosses d'abord, qui s'ouvrent dans les sols que l'on fouille, et puis on voit des ossements apparaître : des crânes, puis des os", raconte l'archéologue et historien spécialiste du Moyen-âge.

Le gibet datant du XVIe siècle a été découvert sous un ancien parking grenoblois. (INRAP)
Le gibet datant du XVIe siècle a été découvert sous un ancien parking grenoblois. (INRAP)

Trente-deux squelettes en tout sont trouvés : 30 hommes, deux femmes. Les corps sont enchevêtrés, entremêlés. L'un d'entre eux est même décapité. "Ils sont mis en terre sans aucun soin, sans aucun soin dans l'ornementation et dans la manière de gérer, décrit Nicolas Minvielle-Larousse. Les corps peuvent être déplacés, mutilés et remis en d'autres lieux."

Un édifice pensé pour être vu par tous

Tout autour, une structure en pierre : Il s'agit des fondations. Les archéologues pensent dans un premier temps à une cabane d'ermite ou un édifice religieux. Mais c'est finalement en fouillant dans les archives départementales qu'Eric Syssau découvre qu'il s'agit en fait d'un gibet. "Ici, on a un registre du maître d'œuvre chargé des bâtiments publics en Dauphiné, nous montre-il. Et dans ce volume se trouvent toutes les pièces comptables qui nous permettent de savoir comment ce gibet a été construit et les différentes phases de sa construction." Ce registre, dont les feuilles jaunies sembleraient presque s'effriter, renferme des informations précieuses sur la structure construite en 1544 : huit piliers de pierre et une charpente de bois qui culmine à cinq mètres de hauteur.

"On est à l'extérieur de la ville pour des raisons sanitaires, parce que les corps qui sont pendus là vont être laissés se décomposer à l'air libre pendant des semaines, des mois, voire davantage, explique le chercheur. Mais on est au bord d'une des routes principales d'accès à Grenoble. On est au bord de l'Isère aussi, qui est une voie navigable. Donc c'est quelque chose de très monumental qui est fait pour être visible de loin."

"C'est l'expression du pouvoir royal, du pouvoir judiciaire."

Éric Syssau, archiviste

à franceinfo

Les historiens espèrent maintenant poursuivre le travail d'archives pour mettre un nom sur les squelettes retrouvés au pied de ce gibet. Parmi eux, peut être le chef des protestants du Dauphiné, exécuté en pleine guerre de religion.