Il donne une seconde vie aux jouets usagés tout en réinsérant des prisonniers

En cette période de fin d’année, les Français remplissent leur hotte de jeux de société, peluches et autres joujoux pour gâter leurs chérubins. Et ce plus que jamais, le marché prenant le chemin d’une année record en termes de ventes. Or une grande partie de ces derniers vont finir à la poubelle. Chaque année, ce sont en effet pas moins de 100 000 tonnes de jouets qui sont jetées, selon l’Ademe. Or la moitié d’entre eux pourrait être réparée ou recyclée. A l’époque, un seul acteur sur ce créneau: Rejoué, qui en collectait alors 70 tonnes par an. De quoi laisser la place à d’autres.

C’est ce constat qui a poussé Jacques Grimont, à 32 ans, à réfléchir à une solution, avec son ami connu au lycée Vincent Corrèges. De cette réflexion, menée pendant le premier confinement, est née l’idée de Yoti: une société dédiée au reconditionnement des jouets usagés, fondée en 2021. Mais les deux compères, alors respectivement avocat tout juste diplômé et expert-comptable, souhaitent que leur projet entrepreneurial ait également un impact social. «Nous étions tous deux bénévoles à la Croix-Rouge et j’avais une expérience de la seconde main en travaillant sur la partie textile», raconte Jacques Grimont, son président. L’ancien secrétaire national du mouvement caritatif, qui faisait partie des trois candidats à sa présidence à l’été 2025, a également une bonne connaissance du milieu social en tant qu’ancien vice-président de Croix-Rouge Insertion.

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D’où l’idée de reconditionner ces jouets en prison, par des détenus, dans le cadre de chantiers d’insertion pénitentiaires. «Nous étions en contact avec la maison d’arrêt de Bois-d’Arcy qui nous a proposé un local de 400 mètres carrés. Nous avons démarré avec deux détenus». Cette démarche a plusieurs vertus: outre la main-d’œuvre bon marché, elle permet aux prisonniers de sortir de leur cellule, toucher un petit salaire (45% du smic pour 5 heures par jour maximum) pour cantiner et de préparer leur sortie. «Je pense souvent aux enfants qui vont jouer avec ces jeux, c’est pour ça que je m’applique. Travailler avec les jouets apporte de la liberté», témoigne Julien, qui travaille dans l’atelier de Bois-d’Arcy depuis huit mois. «Ici, on n’est pas totalement en prison. On travaille, on est une équipe, on entretient des liens», renchérit son collègue Joseph, dont trois mois d’expérience dans cette structure lui a donné envie de reprendre des études, en l’occurrence un BTS en management.

Objectif: plus de 60% d’insertion

Car Yoti est loin de n’être qu’une entreprise. Chacun de ses ateliers, installés dans une maison d’arrêt sous la forme d’une association, doit obtenir un objectif d’insertion supérieur à 60% (en situation d’emploi ou en formation six mois après la sortie) pour recevoir les subventions de l’État au niveau départemental. Raison pour laquelle les intéressés sont soigneusement sélectionnés par une commission pluridisciplinaire composée de représentants de Yoti, de l’administration et des services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP), selon leur comportement et leur date de libération, notamment. L’entreprise compte donc parmi ses salariés des conseillers en insertion professionnelle, qui ont accompagné 142 détenus depuis ses débuts.

Deux chauffeurs et un camion se chargent de récolter les jouets usagés, majoritairement auprès des parents d’élèves, via les écoles. Ce sont ainsi 50 tonnes qui ont été ainsi récoltées en 2025. À l’atelier, chaque détenu complète, nettoie, photographie ou passe une annonce en ligne, selon sa mission. À Bois-d’Arcy, tous sont guidés dans leur travail par des outils digitalisés d’accompagnement sous le regard attentif du chef d’atelier. Ces outils doivent être généralisés dans les autres ateliers ouverts ces dernières années : Le Havre fin 2024, La Santé à l’été 2025, Perpignan ce mois-ci et bientôt Carcassonne, en janvier 2026. Désormais, Yoti compte près de 1700 mètres carrés d’ateliers et 90 personnes (70 détenus et une vingtaine de salariés, dont leurs encadrants).

Un prix moyen de 10 euros, 30% à 70% inférieur au marché

La société vient de s’agrandir avec la reprise de son principal concurrent Kidibam, dont elle a récupéré un stock de 7 000 jouets et qui lui laisse la voie libre. Ce dernier, qui vient de faire faillite, avait pourtant levé environ un million d’euros pour se lancer voici trois ans. «Dans cette activité, les charges de collecte et de main-d’œuvre sont très élevées, explique Jacques Grimont. Nous nous en sortons grâce à de faibles salaires et nos subventions». 

L’entreprise, qui ne fait pas de publicité, réalise plus de la moitié de ses ventes sur son site internet, mais est aussi présente sur la plateforme Label Emmaüs, chez le distributeur de vêtements enfants de seconde main Opla et via des cartes cadeaux distribuées en entreprises. Elle cette année affiche des recettes en hausse de 60% comparées à 2024, à 400 000 euros. Il faut dire que le prix moyen d’un jouet Yoti, qui se situe autour de 10 euros - soit entre 30% et 70% moins élevé que la moyenne du marché du jouet neuf - est un atout considérable dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat.

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La loi Agec, relative à la lutte contre le gaspillage et à l’économie circulaire, favorise également les marchés publics, en obligeant les collectivités locales à acheter au moins 5% de produits recyclés. Même si ce montant n’est pas encore atteint aujourd’hui, les pénalités n’étant pas encore appliquées, cette proportion est amenée à augmenter, en passant à 10% en 2027 et 15% en 230. L’entreprise a ainsi scellé des partenariats avec les villes de Saint-Denis (crèches, PMI, centres de loisirs), Courbevoie, Houilles, le département de la Loire-Atlantique et le groupe hospitalier Yvelines Nord, qui s’approvisionnent auprès d’elle en jouets. De quoi doper ses perspectives. Mais son président demeure «prudent, entre le contexte actuel, instable, et la baisse des crédits liés à l’insertion». Tout en maintenant son objectif d’ouvrir 100 centres de formation dans 180 prisons.

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