La forêt des Landes de Gascogne menacée par le nématode du pin

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.

De la Gironde aux Pyrénées, des pins à perte de vue. La forêt des Landes de Gascogne est la plus grande surface boisée d'Europe.Un poumon vert en Nouvelle-Aquitaine. Des amis s'y promènent chaque samedi. "Quand j'étais petite, avec mes cousines, on allait souvent ici, surtout pour faire des cabanes", se souvient une jeune fille. "On vient souvent se promener quand on ne sait pas quoi faire d'autre", ajoute une autre. "C'est un moment où l'on peut sortir les chiens, tous s'amuser ensemble. C'est chouette. Et puis on retrouve les amis pour prendre le goûter ensemble. Et ça, c'est cool."

Une forêt artificielle qui fait vivre toute une filière

Une forêt artificielle alignée sur 15 000 kilomètres carrés. Entièrement créée sous Napoléon III. Pour assainir les marais, une loi impose d'y planter des pins maritimes. C'est la naissance de l'industrie du bois. "Les troncs des arbres sont incisés à leur partie inférieure afin de recueillir la résine", pouvait-on entendre expliquer dans un vieux documentaire.

Aujourd'hui, la forêt fait vivre toute une filière. Elle emploie plus de 30 000 personnes. Ce directeur d'une marque de jeux bien connue travaille en bordure de forêt. L'entreprise a bâti son empire sur ce trésor : "C'est 100 % pin maritime, parce que c'est un bois aujourd'hui qui correspond à nos attentes sur l'esthétique de nos planchettes, avec un veinage qui est magnifique et qui nous permet d'avoir, avec la résine suffisante, un petit peu de rugueux qui nous permet d'avoir des constructions sophistiquées. Le bois des Landes a des qualités irremplaçables. Il y a eu des essais de faits sur d'autres essences. Ça n'a pas fonctionné. L'essence qui convient, c'est le pin maritime", explique Yannick Bonaldi, directeur de production chez Kapla.

Des pins malades alertent les élus

Un trésor pourtant menacé, fragilisé par les tempêtes dans les années 2000, puis par les gigantesques incendies de 2022. La forêt affronte aujourd'hui un nouvel ennemi. Au cœur des Landes, à Soustons, les pins colorent le paysage, mais certains ont perdu leur éclat. Des arbres inquiètent les autorités. Pierre Pecastaings a été l'un des premiers à repérer les pins malades. "C'est un coup de massue parce que, encore une fois, c'est une commune forestière. La forêt, c'est dans l'âme, dans l'ADN de notre commune et de ses habitants. Donc, quand on sait que notre forêt est touchée, forcément, on ne peut que le ressentir et en tout cas se dire que des moments difficiles sont à venir", témoigne Pierre Pecastaings, maire (SE) de Seignosse (Landes).

Début novembre, les premiers prélèvements sont réalisés, car un ravageur sévit déjà au Portugal et en Espagne : le nématode du pin. Ce ver microscopique, inoffensif pour l'homme, peut assécher un arbre en quatre semaines à peine. Transporté par un coléoptère, un insecte très répandu, il pourrait contaminer toute la forêt en un temps record. "Comme on ne sait pas dans quel coin il va arriver, on va prélever des échantillons à plusieurs endroits."

Le ravageur présent en France, une zone tampon créée

Quelques jours plus tard, les résultats confirment pour la première fois en France la présence du ravageur. Les autorités prennent alors des mesures radicales. Dans un rayon de 500 mètres autour du foyer, abattage de tous les résineux. Et dans un rayon de 20 kilomètres autour de Seignosse, création d'une zone tampon avec contrôle de l'activité pendant 4 ans.

Des exploitants travaillent dans la zone infestée. L'un d'eux y coupait du bois lorsque la présence du parasite a été confirmée. "J'ai à peine posé la machine que l'agent de l'ONF est arrivé pour nous stopper de suite. Et moi et mon collègue qui ramassions le bois en disant de tout arrêter. C'est le bois par terre qui va être en perte. On voit déjà qu'il a séché pas mal. En quelques jours, c'est du bois qui va moins peser et la qualité ne va plus y être", explique Mickaël Caré, bûcheron-mécanisé.

Des milliers de tonnes de bois attendent d'être ramassées. Une grande partie sera perdue. "C'est beaucoup, oui. 1 000 tonnes, il y en a à peu près 1 500 sur la coupe par terre, 1 000 encore à peu près, 1 500 à couper, à venir encore. Ça représente beaucoup d'argent. Et pour nous, entrepreneurs, et pour ceux qui ont acheté le bois aussi", déplore David Robin, exploitant forestier.

 "S'il y a le nématode, on ne peut plus travailler"

Une scierie familiale fournit les charpentiers et menuisiers du secteur. Elle s'approvisionne juste à côté, dans la zone infestée. Pour la petite fille du fondateur, Nathalie Lasserre, les risques sont énormes. "S'il y a le nématode, si les bois sont infestés, on ne peut plus travailler, on est à l'arrêt", assure-t-elle.

Impossible de constituer des stocks. Ces troncs immenses perdent leur qualité à l'air libre. La scierie n'a plus qu'un mois de travail devant elle. "Il va falloir aller le chercher plus loin, mais tout le monde va aller le chercher. Il va y avoir moins d'offres que de demandes. Donc du coup, peut-être que les prix vont monter", prévient Nathalie Lasserre.

Faute de matières premières, les 15 salariés s'inquiètent. "On est une petite scierie, on travaille au jour le jour. Si on n'a pas notre camion journalier pour couper du bois, derrière on s'arrête", commente Simon Gemmerlé, directeur d'exploitation de l'entreprise. "Ça peut être du chômage partiel, ça peut aller loin. Donc c'est vrai que c'est un gros risque", ajoute son collègue.

Pour sauver la forêt, une course contre la montre est lancée. Il reste quelques semaines à peine pour abattre tous les résineux concernés et éviter que toute la forêt de Gascogne soit contaminée par le nématode du pin.

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