Alexis J. quittera ce jeudi la prison de Mont-de-Marsan, où sa détention provisoire se poursuit, depuis un an demi que Laure Zacchello, sa femme, a disparu d’Urrugne (Pyrénées-Atlantiques) sans laisser de trace, le 21 juin 2024. L’homme de 43 ans, professeur de physique chimie et ancien réserviste de la gendarmerie, comparaît devant le tribunal correctionnel de Bayonne pour «violences aggravées» sur une ancienne collègue, ayant conduit à une interruption temporaire de travail (ITT) de moins de cinq jours. Cette femme, au statut de contractuelle, travaillait comme préparatrice pour le cours de physique chimie du lycée polyvalent Louis de Foix de Bayonne, établissement où Alexis J. enseignait depuis deux ans.
À l’audience, il ne sera donc pas question du meurtre de sa femme, dont le corps n’a jamais été retrouvé par les enquêteurs. Il n’empêche que le sort de Laure Zacchello sera sur toutes les lèvres. Le dossier d’Alexis J. jugé ce jeudi présente des composants qui pourraient éclairer, sinon la disparition de son épouse, du moins son contexte. Cette affaire, mineure comparée à l’instruction en cours sur la disparition de Laure Zacchello, se déroule en avril 2024, soit deux mois avant que la mère de famille ne disparaisse, à une période où le couple vit au gré de disputes incessantes, parfois très violentes. Le temps de vendre leur maison d’Urrugne - où la décision de divorcer, venue de Laure, a arrêté net de vastes travaux de rénovation -, Laure Zacchello et Alexis J. partagent les lieux, une semaine sur deux. Dans des carnets, cette ancienne infirmière militaire confie craindre son mari, qu’elle dépeint comme un homme jaloux, sujet à des accès de paranoïa. Elle se déplace dans Urrugne munie d’une petite caméra portative, au fond de son sac à main. Le soir, dans la chambre à l’étage, elle dispose des objets devant la porte fermée - pour être réveillée si jamais Alexis J. pénètre dans la pièce. Laure Zacchello paraît exténuée, très inquiète : «Je ne me sens pas en sécurité dans cette maison. Son ombre est partout, tout le temps, je n’en peux plus», écrit-elle dans son journal.
Passer la publicitéLe 21 juin 2024, un vendredi de fête de la musique, veille d’un week-end qu’elle s’apprêtait à passer en dehors d’Urrugne, elle disparaît juste après avoir déposé ses enfants à l’école. Le soir même, peu avant 21 heures, Alexis J. est retrouvé par sa sœur, étendu au sol et inconscient, un gravas à côté de lui, devant leur maison aux volets rouges. La scène, étrange, interroge le pompier qui le prend en charge, puis l’infirmière qui le soigne dans une clinique de Saint-Jean-de-Luz. Dans la maison, les policiers découvrent qu’un coffre où il entrepose des armes a été ouvert - Alexis J. est inscrit dans un centre de tir sportif -, et que plusieurs d’entre elles ont disparu. Tous les effets personnels de Laure Zacchello sont là, comme abandonnés. Alexis J. est placé en garde à vue, puis mis en examen pour «meurtre par conjoint».
Erreur dans la préparation d’un chariot
Deux mois plus tôt, le 12 avril 2024, Maryam L., contractuelle au lycée Louis de Foix de Bayonne, dispose du matériel sur le chariot du cours de physique chimie, dans un local dédié aux fournitures et attenant au laboratoire utilisé par Alexis J. et sa classe de lycéens. Une fois le cours passé et les élèves partis, Alexis J. vient la voir, et lui fait remarquer que des produits ont été oubliés lorsqu’elle a préparé le chariot. La scène se déroule sans témoin. Dans sa plainte, la préparatrice explique alors avoir paniqué, et avoir présenté des excuses à maintes reprises pour cette bévue. Alexis J. lui aurait, lui, intimé de «[se] calmer» en la regardant «froidement», avant de poser ses mains sur sa gorge, sans serrer son cou, pendant un bref instant. Puis, aucun d’eux n’a plus jamais évoqué cet épisode pour le moins étrange.
En revanche, à l’époque, Maryam L. s’en ouvre discrètement à plusieurs collègues, juste après les faits. Elle en fait également part à son mari, le soir même. Comme Maryam L. n’est pas d’origine française, elle lui demande «si c’est une pratique courante en France», et son époux lui répond par la négative. Plusieurs mois passent. Début 2025, Maryam L. est convoquée par les juges d’instruction pour être auditionnée dans le cadre de l’instruction sur la disparition de Laure Zacchello. Elle décrit Alexis J., et relate alors, à cette occasion, ce face-à-face bizarre pendant lequel le professeur a posé les mains autour de son cou. Pour quelle raison ? L’intimider ? La menacer ? C’est à ce moment-là, dit-elle, que l’anxiété l’a gagnée.
Au commissariat, quand elle dépose plainte en avril 2025, Maryam L. explique ne pas avoir voulu alerter la police tout de suite, en raison de son statut - précaire - de contractuelle au sein du lycée. Mais à force de ressasser l’épisode avec sa psychologue, son entourage, et désormais des juges d’instruction, elle dit avoir ressenti une «peur rétrospective». La disparition de Laure Zacchello continue alors d’ébranler Urrugne et ses environs du Pays basque. Aux policiers, Maryam L. parle d’un «sentiment de terreur enfoui depuis des mois», d’une «peur des représailles» à l’égard de sa famille.
Dans l’entourage professionnel d’Alexis J., on décrit aux enquêteurs un homme plutôt froid, au relationnel compliqué. Les élèves parlent d’un professeur sévère, distribuant facilement des heures de colles. Mais personne n’évoque de gestes violents de sa part. Le professeur de physique chimie, lui, se défend d’avoir porté la main sur sa collaboratrice. En garde à vue, face aux enquêteurs, il ne nie pas avoir échangé avec Maryam L. après le cours, mais dénonce des «accusations mensongères» de la part de cette femme, qu’il décrit comme «discrète et gentille». Dans sa plainte, Maryam L., elle, rapporte plusieurs épisodes précédents, lors desquels elle aurait relevé un comportement étrange d’Alexis J. à son égard. Elle explique ainsi qu’à deux reprises, le professeur de physique chimie serait entré sans bruit dans la salle où elle préparait le chariot, et qu’il l’aurait observée plusieurs minutes, avant de repartir en silence, sans dire un mot.
Passer la publicité«Cette plainte repose uniquement sur les dires de la plaignante, et sur la façon dont elle décrit la personnalité d’Alexis J.», pointe Me Vincent Faget, l’un des conseils du mis en cause. Il dénonce une accusation fabriquée de toutes pièces. «C’est un dossier constitué pour les besoins de la cause. Il n’y a pas d’affaire. C’est ce que nous allons plaider.» La défense pointe aussi le délai avec lequel Maryam L. s’est rendue dans un commissariat pour porter plainte contre Alexis J., plus de 12 mois après les faits, en avril 2025. «C’est une affaire curieuse, qui surgit comme par hasard après la disparition de Laure Zacchello», achève Me Faget. De son côté, Me Cécile Ostiz, avocate de Maryam L., espère que l’audience de ce jeudi sera l’occasion pour «Alexis J. d’expliquer son geste». «Je souhaite vraiment qu’il arrête de jouer au “pas vu, pas pris” et qu’il assume son acte, pour que ma cliente se sente mieux.»