Quel avenir pour les 20 000 déplacés du camp de Jénine en Cisjordanie occupée ? En février, après plusieurs semaines de combats, l'armée israélienne a vidé de sa population ce camp qui abritait depuis les années 1950 des réfugiés de la Nakba, le déplacement forcé de 700 000 Palestiniens à la création de l'État d'Israël en 1948, et leurs descendants. Une opération justifiée, selon l'armée israélienne, par la présence dans le camp de groupes armés palestiniens. Depuis, plus de 500 familles, déplacées de nouveau, ont investi les dortoirs d'une université de Jénine d'où elles sont désormais menacées d'expulsion.
"C'est insupportable !", s'insurge Maher en ouvrant la porte du petit studio, de trois mètres sur cinq, qu'il partage avec sa femme enceinte de plusieurs mois et leurs cinq enfants. "Maintenant, soit tu payes, soit tu te retrouves à la rue, poursuit le père de famille. La pression sur nous est trop forte, lorsqu'on a appris qu'on devrait quitter les lieux, je n'en ai pas dormi deux nuits d'affilée. Nous avons déjà tout laissé derrière nous : nos affaires, notre vie, notre destin."
"Ils oublient d'où nous venons vraiment"
Un destin à nouveau suspendu, depuis que le propriétaire de ces dortoirs exige des familles arrachées du camp de Jénine en février de s'acquitter d'un loyer. C'est inenvisageable pour Maher, qui a perdu son emploi en Israël depuis le début de la guerre à Gaza. Il ne souhaite qu'une seule chose, retrouver sa maison du camp, même détruite. "Même s'il n'y avait qu'une seule pièce, sans eau ni électricité, on resterait là-bas, chez nous. On s'y est habitués, à vivre sans tout ça", explique-t-il.
"L'occupation israélienne est parvenue à enraciner dans nos esprits l’idée que 'rentrer', c’est simplement retourner au camp."
Sahar Mahmoud, psychologueà franceinfo
L'espoir d'un retour désole Sahar Mahmoud, psychologue auprès des enfants du camp de Jénine : "Le problème, c'est que maintenant, enfants et adultes pensent que 'rentrer', cela signifie retourner au camp de Jénine. Ils oublient d'où nous venons vraiment." Avec le déplacement continu des réfugiés palestiniens, c'est le principe du droit au retour, pourtant reconnu par les Nations unies, qui s'éloigne.