À compter de ce lundi 3 novembre, le service des urgences du CHU de Caen, dans le Calvados ne sera pas en mesure d’accueillir d’étudiants internes, en raison d’un manque de médecins pour les encadrer. Cette nouvelle a été annoncée, vendredi 31 octobre, par l’Agence régionale de santé, l’ARS Normandie.
« Le service d’urgence du CHU de Caen connaît des tensions en matière de ressources humaines médicales, affectant actuellement la capacité d’encadrement des internes », a expliqué l’organisme public chargé d’assurer un pilotage unifié de la santé en région.
Dès lundi, les urgences, déjà en sous-effectif, devront donc se passer du renfort des internes sur le deuxième semestre, de novembre jusqu’à mai. Cela touchera les 14 postes remplis jusqu’ici par des internes de médecine générale, comme cela avait été communiqué au mois de septembre, mais aussi les 16 postes d’internes dits « de spécialité », c’est-à-dire en médecine d’urgence ou en gériatrie, dont le sort n’était pas encore décidé, rapporte le quotidien Le Monde. Ainsi, les internes fléchés pour faire leur internat aux urgences du CHU de Caen ce semestre vont être affectés dans d’autres hôpitaux de la région ou dans d’autres services.
« Les urgences vont se retrouver avec deux docteurs »
Si les internes ne sont pas censés combler les manques de personnel, ils restent un soutien de taille pour les soignants. « On ne voit vraiment pas comment on va tenir la semaine prochaine, ne serait-ce que physiquement, s’alarme une source syndicale, sous le couvert de l’anonymat, dont le quotidien Le Monde se fait l’écho. Les urgences vont se retrouver avec deux docteurs, pour gérer plus d’une centaine de patients sur vingt-quatre heures, quand ils étaient, jusqu’à aujourd’hui, entourés d’au moins six internes et autant d’externes… Ça paraît impossible. » Ainsi, 15 postes (équivalent temps plein) de praticiens sont actuellement pourvus, soit de 35 % à 40 % des postes nécessaires, selon la direction, rapporte le quotidien.
« Il n’y avait pas assez de médecins expérimentés permettant un encadrement satisfaisant des internes », a pointé la présidente de l’Intersyndicale nationale des internes (Isni) Mélanie Debarreix. Les conditions d’encadrement des internes « n’étaient pas satisfaisantes, il y a eu des saisines et certains étaient en surcharge émotionnelle ». « C’est une situation très rare, mais le plus important, c’est que tout ça se fasse sans impact sur leur formation », a poursuivi Mélanie Debarreix, regrettant que les « internes soient les variables d’ajustement et une main-d’œuvre facile ».
La direction de l’établissement, citée dans le journal Le Monde, a indiqué espérer trouver « des renforts issus des autres spécialités du CHU ». L’Agence régionale de santé (ARS), dans un message relayé par des médias locaux, dont Ici Normandie, a évoqué un travail en cours avec les médecins généralistes pour leur demander « une contribution active ».
Mais ces manques ne sont pas propres à l’établissement caennais, a fustigé Mélanie Debarreix. « C’est partout pareil en France : les internes ont peur de parler derrière, par crainte des répercussions », a-t-elle affirmé, rappelant le rôle d’« alerte » de l’Isni. À Caen, « on a eu de la chance d’avoir l’ARS et le CHU derrière nous pour répondre à cette urgence. Il valait mieux prendre cette décision, plutôt que d’avoir des burn-out d’internes derrière ».
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