Top 14 : «Un monstre du Stade Toulousain», les émouvants adieux au héros de l'ombre Pita Ahki

Les adieux d'un «monstre du Stade Toulousain», selon ses coéquipiers : le centre Pita Ahki, soldat discret et indispensable, s'apprête à disputer son dernier match sous les couleurs des Rouge et Noir samedi, après sept ans au club et autant de titres majeurs. De la tristesse, de la nostalgie, et beaucoup de pudeur. À 33 ans, le Néo-Zélandais, aussi introverti hors du terrain que percutant sur la pelouse, va rentrer chez lui, à l'autre bout du monde, et quitter un club qui l'a consacré comme un des tout meilleurs centres du championnat de France.

«On est assez tristes pour nous, c'est un sentiment un peu égoïste, mais c'est pour lui, pour son bien. Il nous a dit que c'était pour des raisons familiales, et s'il en ressent le besoin, c'est que c'est vraiment important pour lui», a expliqué l'ouvreur Romain Ntamack qui a grandi avec l'ombre rassurante d'Ahki dans son dos.

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À court de compliments, tous l'affirment, ils ont du mal à déterminer qui, du rugbyman acharné ou de l'«homme en or», selon les mots de l'entraîneur adjoint Laurent Thuéry, leur manquera le plus, après une dernière danse face au Racing 92 samedi soir à Ernest-Wallon, où un hommage est prévu.

Juste avec un regard ou une poignée de mains avec lui, on savait qu’il allait se donner corps et âme

Romain Ntamack

«Il rassure par sa présence. Ce n'est pas quelqu'un qui parle beaucoup, mais par ses actes, ses faits, ses duels gagnés, il donne beaucoup de confiance à l'équipe», explique Laurent Thuéry, coach en charge de la défense, qui a pu s'appuyer sur cette ronce née à Auckland, en Nouvelle-Zélande, issue de racines tongiennes et samoanes et qui s'est acclimatée à merveille dans la Ville Rose.

Arrivé en 2018 sur les bords de la Garonne après un début de carrière en Océanie et une année chez les Irlandais du Connacht, le centre casqué s'est adapté à toute vitesse, disputant 23 matches dès sa première année pour finir par soulever un Brennus après lequel le Stade Toulousain courait depuis sept ans.

«Ça n'a pas été un grand bavard, mais juste avec un regard ou une poignée de mains avec lui, on savait qu'il allait se donner corps et âme pour son coéquipier et pour l'équipe», souligne Romain Ntamack. «Je ne sais pas s'il faut énumérer le nombre de matches où il nous a mis dans l'avancée, où il y a eu des moments durs, mais lui, il était là», salue de son côté le talonneur Julien Marchand, ému comme rarement au moment d'évoquer son coéquipier.

Dans l'esprit toulousain, le Néo-Zélandais apparaît systématiquement au moment de convoquer les souvenirs auréolés de gloire. Titulaire lors de six des sept finales remportées par Toulouse depuis 2019, il a fait parler «ses qualités de plaqueur hors normes, d'impact physique», note Laurent Thuéry. Pita Ahki se place parmi les François Cros, Antoine Dupont, Thomas Ramos, Peato Mauvaka ou Cyril Baille, titulaires lors du premier Brennus de cette génération en 2019 et encore sur les feuilles de match sept ans plus tard.

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Un «monstre du Stade Toulousain»

«Ça fait partie des trois, quatre meilleurs centres qu'on ait pu voir dans ce club», admire Alexandre Roumat, qui parle de «monstre du Stade Toulousain». Sur le banc des remplaçants, pour la première fois de sa carrière toulousaine lors d'une finale, en juin dernier au Stade de France face à Bordeaux-Bègles, Ahki a fait son apparition à la 73e, et a usé de son savoir-faire dans une prolongation haletante. Impressionnant au grattage, il a offert les deux pénalités de la gagne à Thomas Ramos, celles de leur cinquième Brennus commun.

L'heure du départ arrive, plus tôt que prévu alors que son contrat le liait à Toulouse jusqu'en juin 2026. D'autres centres s'installent, comme Teddy Thomas : «Quand j'ai signé ici, c'était vraiment un des joueurs avec qui j'avais envie d'évoluer», glissait le trois-quarts à l'AFP en novembre. Et le jeune Kalvin Gourgues épate, inspiré depuis plusieurs années par son aîné néo-zélandais, ce qui donne des idées à Romain Ntamack: «On espère qu'il prendra avec brio le relais de ce que Pita va lui léguer.»

Je crois qu’il y a une part de moi qui ne veut pas accepter qu’il s’en aille. 

Le pilier américain du Stade Toulousain, David Ainu’u

Interrogé vendredi en conférence de presse sur la semaine particulière vécue par le groupe de Toulouse, marquée par le départ d’Ahki, David Ainu’u n’a pas pu retenir ses larmes au moment d’évoquer son ami et mentor néo-zélandais.

La voix étranglée, le pilier américain qui sera titulaire contre le Racing 92 ce samedi soir comme Ahki, a fini par trouver les mots: «Je crois qu’il y a une part de moi qui ne veut pas accepter qu’il s’en aille. Au début, il était toujours là pour moi, ce sera bizarre de revenir la semaine prochaine, et qu’il ne soit pas là, lui et sa famille, c’est dur», a-t-il soufflé, alors que les deux hommes sont très proches en dehors du terrain.

«Le départ de Pita ramène ce côté très affectif à la semaine, mais à l’image de l’homme qu’il est, il y a aussi une forme de pudeur autour de ça», a de son côté affirmé l’entraîneur des avants Jean Bouilhou, en charge des espoirs au moment de l’arrivée du trois-quarts d’origine samoane et tongienne en 2018.

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«C’est un joueur qui ne revendiquait rien, même s’il était au fond de lui meurtri de ne pas jouer avec l’équipe première. Il s’est entraîné, il montrait sur le terrain ce qu’il valait et il n’a eu besoin que d’une chance pour devenir le titulaire qu’on connaît».