Bugonia - À voir
Science-fiction de Yorgos Lanthimos - 1 h 59
Emma Stone dirige une multinationale spécialisée dans les produits pharmaceutiques et les pesticides. Deux illuminés qui la rendent responsable de tous les maux décident de la kidnapper. Un redneck aux allures de hippie et son cousin, à moitié retardé, la séquestrent dans le sous-sol de leur ferme perdue au milieu de nulle part. La violence ne sera pas que psychologique. L’un des complotistes n’hésite pas à l’électrocuter avec du 400 volts. La prisonnière lui tient tête. Il ne s’agit pas d’un mince exploit. Bugonia est une belle mécanique. Chaque séquence est source de surprises. Ce Misery à l’envers mélange gore et politique, insolence et originalité. Le cynisme a son couvert mis. L’ennui est absent. Remake d’un film sud-coréen de 2003, ce long-métrage de Yorgos Lanthimos est une aventure, une montagne russe. Nihiliste, sardonique, le réalisateur ne révolutionne peut-être pas le septième art, mais il a le mérite de le secouer. Le cocktail réveillera le plus assoupi des publics. É. N.
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Passer la publicitéL’Intermédiaire - À voir
Thriller de David Mackenzie - 1 h 52
Comment échapper à la surveillance numérique à notre époque, où chaque échange de messages peut être capté et localisé ? C’est la promesse de ce surprenant thriller conspirationniste. Le plus malin de cette fin d’année, en forme de jeu du chat et de la souris. Ash négocie des transactions entre des entreprises corrompues et ceux qui détiennent des informations à leur sujet. Pour conserver son anonymat, cet intermédiaire a établi une organisation millimétrée et des règles strictes. Quand une nouvelle cliente toque à sa porte, Ash l’aiguille à distance, dans un complexe jeu de piste. Entre la série M. Robot et des classiques comme Conversation secrète, le film joue à fond de ses codes vintage et hitchcockiens dans un New York nocturne oppressant. Doté de rebondissements tonitruants, L’Intermédiaire convainc un peu moins lorsque son dernier acte le force à retomber dans un film d’action plus conventionnel. C. J.
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Zootopie 2 - À voir
Dessin animé de Jared Bush et Byron Howard - 1 h 48
Neuf ans après le premier film qui avait frôlé les cinq millions d’entrées en France, le tandem propose une suite qui surpasse presque l’original. D’entrée de jeu, les spectateurs sont cueillis par une course-poursuite en voiture dans San Francisco qui rend malicieusement hommage à celle de Bullitt avec Steve McQueen. La petite lapine justicière Judy Hopps et son partenaire, le renard cool mais rusé Nick Wilde font maintenant partie de la police de Zootopie. Mené de main de maître, le film approfondit avec humour, finesse et romanesque leur relation tout en proposant un message sur l’acceptation des différences, dont certains pourront trouver qu’il est un brin appuyé. La tradition du grand Disney de Noël est bien de retour. O.D.
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Vie privée - À éviter
Policier de Rebecca Zlotowski - 1 h 45
Passer la publicitéJodie Foster pleure tout le temps. Cette psychiatre américaine basée à Paris a un problème (gros, le problème). Une de ses patientes s’est suicidée - overdose de médicaments. Cette Paula (Virginie Efira, qui apparaît en flashback) avait raté ses trois derniers rendez-vous sans prévenir. Le doute s’installe. Et si quelqu’un avait tué la malheureuse ? Foster soupçonne le mari qui l’a brutalement virée de l’enterrement. Heureusement, la brave praticienne sera secourue dans son enquête par son ex-mari ophtalmo. Ensemble, ils se rendent une nuit à la campagne sous la pluie pour traquer Amalric qui leur ouvre la porte tout nu. Le moment est d’un grand comique involontaire. Le film zigzague, un peu ivre de lui-même, au son de Psycho Killer. Il s’égare dans un suspense qui n’en est pas un, brasse trop de thèmes, sombre histoire d’héritage, antisémitisme, maternité contrariée. É.N.
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La Voix de Hind Rajab - À éviter
Drame de Kaouther Ben Hania - 1 h 29
Ce film où le pathos l’emporte a bouleversé la dernière Mostra de Venise. Le 29 janvier 2024, Hind Rajab, fillette palestinienne de 6 ans, était tuée avec des membres de sa famille alors qu’ils tentaient de fuir en voiture, dans le nord de Gaza. L’affaire a ému le monde entier. La réalisatrice a obtenu les enregistrements de la conversation entre la fillette et le Croissant-Rouge palestinien. Dans le huis clos des bureaux du Croissant-Rouge, des acteurs rejouent le drame. Le premier interlocuteur est Omar, qui semble découvrir la difficulté de travailler dans cette zone. Pour obtenir un itinéraire, le Croissant-Rouge doit passer par la Croix-Rouge, qui elle-même doit obtenir l’aval de l’unité de défense israélienne chargée d’administrer les civils dans les Territoires palestiniens occupés. Arbitraire et kafkaïen. Pour didactique qu’il soit, cet aspect est sans doute plus intéressant que la martyrologie tire larmes que Kaouther Ben Hania déroule, imperturbable. É. S.
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