Versailles tourne en dérision l’astrologie avec une pièce, « à la façon de Molière », créée par l’intelligence artificielle

Si Molière n'était pas mort en 1673, qu'aurait-il créé encore ? Une pièce de théâtre générée par une intelligence artificielle (IA) entraînée pour écrire comme le dramaturge sera présentée en mai 2026 à l'Opéra du château de Versailles. Encore en cours de création, L'Astrologue ou les Faux Présages, est porté par Sorbonne Université, le Théâtre Molière Sorbonne et un collectif d'artistes. On y voit un père consulter les astres et promettre à sa fille une « union des plus prospères » avec un homme dont elle ne veut pas. La servante Dorine intervient pour tenter de l'en dissuader.

« C'est une pièce que Molière aurait pu écrire, sur une thématique qu'il aurait pu aborder », selon Pierre-Marie Chauvin, vice-président de Sorbonne Université. « On savait que Molière s'intéressait à ce sujet », et ce, « de manière mordante », ajoute-t-il en précisant que la bibliothèque de l’homme de théâtre comprenait notamment des traités d’astronomie.

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Un « outil d’amplification de la créativité »

Les concepteurs de ce projet nommé Molierexmachina ont travaillé avec le modèle de la start-up française d'IA Mistral, champion européen du secteur, l'entraînant sur des dialogues, des récits de Molière ou sur d'autres textes français pertinents pour leur recherche. L'accent a été mis sur le travail de préparation, avant de lancer l'algorithme. Chaque étape est simulée selon « le processus créatif de Molière », explique Mickaël Bouffard, metteur en scène du Théâtre Molière Sorbonne : « l'invention » (l'argument), « la disposition » (le plan des scènes), « l'élocution » (l'écriture elle-même). Les textes sont réexaminés lors d'ateliers d'écriture et soumis à des comités de lecture pour vérifier notamment la syntaxe de l'époque ou la cohérence de la pièce. « On a fait quatorze allers-retours », souligne Mickaël Bouffard.

Pour les décors et les costumes, l'IA a été entraînée avec des dessins du XVIIsiècle, par exemple ceux du dessinateur de décors et costumes de scène Henri de Gissey (1621-1673). « Ce qu'on a voulu faire, c'est voir comment l'IA pouvait être un outil d'amplification de la créativité humaine », assure Pierre-Marie Chauvin.

Le projet respecte les droits d'auteur, selon ses concepteurs qui ont aussi indiqué que la consommation d'énergie pour l'entraînement de l'algorithme était « très raisonnable ». La pièce, qui se veut une farce, réunira sept comédiens et trois musiciens sur scène, d'abord les 5 et 6 mai à Versailles puis dans d'autres lieux en cours de programmation.