Rugby : «Je n’ai jamais gagné à l’Aviva Stadium», la dernière idée fixe du sélectionneur sud-africain pour conclure une saison remarquable

Remporter le dernier Rugby Championship, puis faire le Grand Chelem lors de la tournée de novembre. Régner sur les deux hémisphères. Rassie Erasmus n’a pas caché ses ambitions. Après avoir fait logiquement plier le Japon puis le XV de France, les doubles champions du monde en titre n’ont pas eu à forcer leur talent pour venir à bout (à quatorze, comme face aux Bleus) de l’Italie. Place désormais aux choses sérieuses : l’Irlande, quatrième au classement mondial, mais une équipe qui ne fait aucun complexe face aux Boks.

Depuis la prise de fonction de Rassie Erasmus en 2018, le XV du Trèfle présente même un bilan de trois victoires en quatre matches. En 2018, celui qui était alors entraîneur de la province du Munster voit depuis les tribunes de l’Aviva Stadium son équipe nationale se faire ouvrir en deux par les Irlandais, un succès 38-3 qui avait marqué les esprits. Aux commandes des Boks, il s’est également incliné dans l’enceinte dublinoise en 2022 (19-16). Puis, en match de poules de la Coupe du monde 2023 (8-13) au Stade de France.

L’Irlande n’est pas une équipe qu’on peut écraser facilement. Il nous faut donc élaborer des stratégies intelligentes et une défense irréprochable

Rassie Erasmus
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Avant la fin de la phase de poule, un cas de figure particulier avait été - évidemment - soulevé par le maître de l’intox sud-africain : «Si l’Écosse bat l’Irlande par plus de huit points et que l’Irlande n’obtient pas de point de bonus, l’Irlande est éliminée. En toute humilité, et sans arrogance, je préfère être dans cette position plutôt que dans celle de l’Irlande, qui se dit qu’elle est numéro un mondial depuis si longtemps mais l’Écosse n’a qu’à la battre de huit points pour qu’elle soit éliminée du tournoi...»

Au final, l’Irlande avait bien terminé première du groupe devant l’Afrique du Sud, mais avait été sortie dès les quarts par les All Blacks, quand les Boks allaient remporter une quatrième couronne (en huit participations depuis 1995). Retrouvailles l’été dernier, cette fois, dans l’hémisphère sud. Le technicien avait concédé à propos de ce XV du Trèfle qui restait alors sur trois victoires de rang : «Tous les matchs étaient vraiment serrés, et ils méritaient de gagner, mais ce n’est jamais "on a un compte à régler".» Mais, là encore, les joueurs d’Andy Farrell avaient joué les poils à gratter en remportant un de leurs deux test-matches (défaite 27-20 à Pretoria, puis succès 24-25 à Durban).

Lors du dernier Mondial, Rassie Erasmus avait quand même reconnu que «l’Irlande est notre bête noire.» En 2022, le cerveau des Boks s’était même laissé aller à dire que l’Irlande «n’est pas une équipe qu’on peut écraser facilement. Il nous faut donc élaborer des stratégies intelligentes et une défense irréprochable». Et d’asséner une petite pique, comme il en a l’habitude : «Les Irlandais sont très fiers et ils le disent très fort.» 

Avant le choc de samedi, le technicien sud-africain est revenu sur la malédiction qui le poursuit à Dublin. «J’ai gagné ici en tant que joueur, mais c’était il y a très longtemps. Donc ça ne compte pas, et ce n’était pas à l’Aviva Stadium», a-t-il souligné en conférence de presse, faisant référence à l’ancien stade de Lansdowne Road, rebaptisé après sa reconstruction en 2010. Et de poursuivre : «Je n’ai jamais gagné à l’Aviva en tant qu’entraîneur, même avec le Munster. Nous avons joué les Scarlets en finale du Pro 12 et nous avons perdu ici (46-22 en mai 2017), et quand nous avons affronté les Saracens en Coupe d’Europe nous avons perdu ici (10-26 en avril 2017)

Je peux passer pour une grande gueule, un arrogant sans remords aux idées arrêtées. Les gens pensent que je suis quelqu’un d’extraverti, mais ce n’est pas le cas

Rassie Erasmus

L’entraîneur double champion du monde entend bien en finir avec cette série. «Je veux réparer cela, confirme-t-il. Mais, non, ce n’est pas une revanche. C’est un environnement de compétition agréable, contre une équipe qui a été dans le top 4 mondial ces deux dernières années, et c’est excitant car il y a quelque chose que nous n’avons pas encore accompli.» Sans trop en faire. «Quand on se focalise trop sur certaines choses, on a tendance à stagner un peu. Mais ce serait formidable pour nous tous de pouvoir dire que nous avons réussi à en gagner une à Dublin, car les Irlandais ont clairement eu l’avantage sur nous lors des derniers matchs.»

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Autant de sorties qui prouvent qu’Erasmus, fin tacticien mais aussi incorrigible provocateur, craint le XV du Trèfle. «Je peux passer pour une grande gueule, un arrogant sans remords aux idées arrêtées, avait-il confié dans son autobiographie. Les gens pensent que je suis quelqu’un d’extraverti, mais ce n’est pas le cas.» La Fédération sud-africaine ne s’était pas trompée en rapatriant l’ancien troisième-ligne international (36 sélections) au pays, après le fiasco d’Allister Coetzee (huit revers en douze rencontres, pire bilan de l’histoire de la sélection).

Rassie Erasmus. BackpagePix / Icon Sport

Après les avoir laissés à l’herbage face à la Nazionale, Rassie Erasmus a convoqué tous ses "bœufs" pour le dernier match de l’année. Pour finir sur un coup d’éclat et s’affirmer un plus comme la nation numéro 1 mondiale. «La plupart des joueurs ont été mis au repos la semaine dernière afin de leur permettre de récupérer du match physiquement éprouvant contre la France, et nous avions toujours prévu d’aligner une équipe expérimentée contre l’Irlande», ne cache pas le sélectionneur sud-africain.

Et d’ajouter : «La plupart de ces joueurs ont déjà affronté l’Irlande à Dublin, ainsi que lors de la Coupe du monde 2023 et de la Castle Lager Incoming Series (série de tests d’été, NDLR). Ils comprennent donc l’ampleur de ce défi et savent à quoi s’attendre de la part des Irlandais. Nous sommes donc convaincus que c’est le groupe idéal pour ce match. (...) Nous aimerions gagner ce match, nous aimerions pouvoir dire que nous avons réalisé une grande saison, que nous avons battu l’Irlande à Dublin, ce que nous n’avons jamais fait depuis que je suis impliqué.» Histoire de voir si son plan s’est - encore une fois - déroulé sans accroc.