MeToo Police : les violences sexuelles policières, endémiques et peu punies

Il y a eu, récemment, cette femme gardée à vue au dépôt du tribunal de Bobigny, et qui dit avoir été violée par deux policiers, âgés de 23 et 35 ans. Les deux hommes ne nient pas les rapports sexuels, mais assurent qu’ils étaient consentis. Comme un rappel de cette histoire d’une touriste canadienne, Emily Spanton, qui affirme avoir été violée en réunion au 36 Quai des Orfèvres en avril 2014. Les deux policiers avaient finalement été acquittés en appel. En novembre, une élève de l’école de police de Nîmes porte plainte contre son formateur, un fonctionnaire chargé notamment d’enseigner la déontologie du métier aux jeunes générations.

Il y a aussi ces témoignages de personnes qui poussent la porte d’un commissariat pour porter plainte et se retrouvent "courtisées" par les fonctionnaires censés suivre leur affaire. C’est le cas de Carole*, avec qui le média Disclose s’est entretenu, et qui raconte que l’homme qui reçoit sa plainte pour des violences conjugales utilise les moyens de la police pour obtenir son numéro, se présentant en protecteur et qui, après des mois de messages et d’appels, finit par la violer en forêt. On pourrait se demander, comme c’est parfois l’argument avancé par les mis en cause, qu’il s’agit d’un malentendu, d’un rapport que l’un croyait consenti, mais en réalité subi par l’autre.

Dans cette affaire, douze femmes ont désigné Olivier P. comme leur agresseur. Des femmes venues pour porter plainte pour violences conjugales, comme Carole, mais aussi pour viol, pour l’enlèvement d’un enfant… Des personnes en situation de grande vulnérabilité, qui n’ont d’autre choix que de faire confiance aux forces de l’ordre pour les accompagner, qui ont besoin de leur bienveillance ou, à tout le moins, de ne pas se mettre cette personne à dos.

Disclose, aux côtés de L’œil du 20 heures et du collectif féministe NousToutes, ont enquêté, réuni des chiffres, des articles de presse et des rapports de l’IGPN et de l’IGGN pour décortiquer les moyens mis en œuvre par les brebis galeuses qui jettent l’opprobre sur tout un pan de la société, celui des personnes pourtant en charge de la sécurité de la population. Mais si le Ministère français de l’Intérieur ne dispose d’aucun chiffre sur la prégnance de ces violences, Londres a fait mieux et tiré cette conclusion : chaque semaine, un viol est commis par un policier outre-Manche. Quant à Claire Hédon, la Défenseure des droits en France, elle est régulièrement saisie par des policières et femmes gendarmes victimes de leurs collègues. Les trois quarts des plaintes qu’elle reçoit émanent de ces femmes.

Il existe une autre forme de violences sexuelles policières : les viols et agressions sexuelles sur des jeunes hommes racisés. Ces violences-là ont pour théâtre des cellules de garde à vue ou des contrôles dans la rue. C’est l’histoire de Théo Luhaka, violé par matraque lors d’un contrôle d’identité, en février 2017. Son arrestation musclée avait été filmée par des caméras de surveillance et des témoins sur place. Le jeune homme est sorti handicapé à vie de cette rencontre et doit désormais vivre avec une poche destinée à recevoir ses matières fécales.

Pour ces agressions, les motivations des policiers et gendarmes mis en cause ne sont pas liées à l’excitation sexuelle : ils agissent davantage en accord avec une idéologie proche de l’extrême droite et pour satisfaire un désir de domination qui s’exprime par la violence et l’humiliation. De sacrés cailloux dans la chaussure de la place Beauvau.