La ministre de la Culture Rachida Dati a condamné « fermement » jeudi de récentes déclarations du directeur général de la Cinémathèque française qui a récusé que l'actrice du Dernier Tango à Paris Maria Schneider ait été agressée sexuellement pendant le tournage. Depuis l'irruption du mouvement #MeToo, ce film de 1972 de Bernardo Bertolucci fait l'objet d'une relecture critique en raison d'une scène, simulée, de sodomie imposée par surprise à l'actrice française, alors âgée de 20 ans, par le réalisateur italien et l'acteur américain Marlon Brando avec qui elle partageait l'affiche.
Selon un récent article de Mediapart, Frédéric Bonnaud, directeur général de la Cinémathèque, a estimé fin octobre devant des étudiants de la Sorbonne que Maria Schneider, morte en 2011 à l'âge de 58 ans, avait été « maltraitée » et « utilisée » pendant le tournage mais « pas abusée sexuellement ». « C'est elle qui le dit. Elle n'a pas été abusée sexuellement. C'était faux », a-t-il déclaré, selon l'enregistrement de ses propos reproduit par le site d'information.
Passer la publicitéDes propos « préjudiciables » pour la Cinémathèque
Dans un communiqué jeudi, la ministre de la Culture « condamne fermement ces déclarations publiques, qui relèvent d'une opinion personnelle n'impliquant pas l'institution et préjudicient à l'image de la Cinémathèque française ». Rachida Dati demande également au président de l'institution, le réalisateur Costa-Gavras, et à son conseil d'administration « d'examiner rapidement les mesures qu'appelle cet incident ».
Contactée par l'AFP, la Cinémathèque, institution de la cinéphilie au rayonnement international, n'a pas souhaité réagir dans l'immédiat. Frédéric Bonnaud n'a pas donné suite. Fin 2024, la Cinémathèque s'était déjà retrouvée au cœur d'une polémique liée au Dernier Tango à Paris quand elle avait décidé de programmer le film dans le cadre d'une rétrospective Marlon Brando.
Face au tollé d'associations féministes, l'institution avait fini par annuler la projection et, un mois plus tard, à faire son mea culpa devant la commission d'enquête parlementaire sur les violences sexuelles dans la culture. « Je regrette profondément que nous n'ayons pas prévu d'accompagner la présentation du film avec un ou une spécialiste », avait déclaré Costa-Gavras devant les députés. Bertolucci, « par souci de faux réalisme et en usant de manipulation pour filmer la surprise non jouée de Maria Schneider, lui a fait subir contre son gré une situation d'extrême violence », avait déclaré Frédéric Bonnaud, ajoutant toutefois que le film « appartenait à l'histoire du cinéma ».