Notre critique d’Eleanor the Great, premier film de Scarlett Johansson : une comédie douce-amère

James McAvoy, Harris Dickinson, Kristen Stewart… En 2025, on ne compte plus les comédiens passés derrière la caméra. Pour ses débuts de réalisatrice, Scarlett Johansson, l’actrice la plus profitable de Hollywood, propose Eleanor the Great. Une comédie douce-amère à la mise en scène sobre et classique qui cache un sujet et des questions morales épineuses.

Nonagénaire sarcastique et dynamique, Eleanor (June Squibb) vit en Floride avec sa meilleure amie, Bessie. Inséparables depuis sept décennies, ces veuves partagent le même appartement, dorment dans des lits jumeaux et se soutiennent lorsque les fantômes du passé ressurgissent. Comme ceux de Bessie, survivante de la Shoah. Un jour, le cœur de Bessie cesse de battre. Incapable d’affronter la solitude, Eleanor emménage à New York chez sa fille divorcée Lisa (Jessica Hecht), malgré leur relation électrique. Pour ne pas qu’elle s’ennuie, Lisa inscrit June à un cours de chant au centre communautaire juif.

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Sauf qu’un peu perdue, June se trompe de salle et se retrouve accueillie dans un groupe de parole de rescapés de l’Holocauste. June s’approprie alors l’histoire de Bessie et la raconte comme si c’était la sienne. Son témoignage touche une jeune étudiante en journalisme, Nina (Erin Kellyman), qui souhaite l’écrire. Voici Eleanor prise dans un engrenage mensonger improbable. Comment dissimuler ce bobard à ses nouveaux compagnons de route et à sa famille ?

June Squibb, 95 ans, soit l’âge de son personnage, est épatante en mamie urticante aux remarques vachardes et à la mauvaise foi assumée. Eleanor rabroue sa fille, hérisse le poil de ses voisines, malmène aussi parfois Nina. Mais entre ces deux femmes de générations si opposées se noue une amitié née du chagrin et du deuil. Eleanor a perdu Bessie ; Nina, sa mère.

Mise en scène minimaliste

Scarlett Johansson rêvait depuis longtemps de passer derrière la caméra mais attendait le projet ad hoc. Eleanor the Great lui a rappelé « ces films petites pépites des années 1980 et 1990, où une histoire modeste raconte en réalité quelque chose d’essentiel. » L’actrice de Lost in Translation, curieuse aussi de mettre en lumière une actrice et une héroïne aussi âgée, rare à l’écran, a convaincu de vrais rescapés de la Shoah de jouer les membres du groupe de parole.

Sa direction sobre, sans fioriture ni prétention « arty » rappelle les films indépendants de ces décennies. « Je voulais une approche et une atmosphère des plus simples », plaide-t-elle. Sa caméra traque les visages, les regards, les sourires en coin pour lire les moindres soubresauts et faire naître la compassion face au choix inexplicable d’Eleanor. Un mensonge né de la solitude, du refus de voir le destin de son amie tomber dans l’oubli, de transmettre son témoignage. Eleanor est, certes, ravie de l’attention qu’on lui accorde. Mais plus elle s’enfonce, plus elle redoute le moment où elle brisera l’estime de Nina.

Ce minimalisme vient à la rescousse du film quand il faut faire tomber les masques. Comme son héroïne qu’il ne juge jamais, Eleanor the Great s’extirpe d’une position inconfortable par une pirouette un peu mélo. Mais avec beaucoup de cœur. Les spectateurs du Festival de Deauville ne s’y sont pas trompés en lui décernant, en septembre dernier, le prix du public.

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