Notre critique de L’École de danse : quand Goldoni se pointe à la Comédie-Française… on rit !

L’École de danse ne compte pas parmi les grandes comédies de Goldoni. L’auteur l’avait un peu négligée, voire « oubliée », puisqu’elle ne figure même pas dans ses Mémoires. Il est vrai que son intérêt est moins dramatique qu’instructif. Voilà une charmante curiosité, une délicieuse (re)découverte dont il serait dommage de se priver. Nous devons l’entrée au répertoire de cette satire féroce du monde de la danse au nouvel administrateur de la Comédie-Française, Clément Hervieu-Léger, grand amateur de l’art du ballet. Réjouissant, de voir ce spectacle dans ce décor créé pour le Misanthrope - mis en scène, lui aussi, par Clément Hervieu-Léger. Une heureuse coïncidence, car le modèle de Goldoni n’était-il pas Molière ?

Nous sommes à Florence, dans la salle de répétition de Monsieur Rigadon. Denis Podalydès interprète ce maître de danse et mérite tous les éloges. Veste froissée, barbe d’une bonne semaine, cheveux ébouriffés, le comédien décoiffe dans les oripeaux de ce roublard tyrannique qui est moins un professeur de rigodon qu’un éleveur de petits rats dont il fait commerce sans scrupule.

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Démonstration de force

Autour de lui, la crème de la troupe du Français dans le rôle des élèves dissipés : Claire de La Rüe du Can (Felicita), Pauline Clément (Giuseppina), Marie Oppert (Rosalba), Léa Lopez (Rosina), Jean Chevalier (Filippino), Charlie Fabert (Carlino). Éric Génovèse interprète l’imprésario Don Fabrizio, Noam Morgensztern le notaire, Loïc Corbery le Comte Anselmo (amant de Giuseppina), Stéphane Varupenne le courtier Ridolfo et amant de Madame Sciormand. Madame Sciormand ? Elle est la sœur de Rigadon et, comme son frère, n’est pas sans relief. Joué magistralement par Florence Viala, ce personnage ne manque de sel. Elle cherche un homme : « Parlons avec élégance, s’il vous plaît. Hymen, le doux hymen me met en rut. » Elle est sans filtre. L’École de danse est une démonstration de force, celle des femmes en révolte. Les tutus ne s’en laissent plus conter.

L’action a été transposée au XIXe siècle, ce siècle des danseuses de Degas dont on retrouve les couleurs et les mouvements à la barre. Sur la droite, un pianiste (Philippe Cavagnat), confident muet des protagonistes, rythme le spectacle. On ne s’ennuie pas une seconde dans cet élégant ballet où tout le monde trouve ballerine (ou pointes) à son pied. On se souviendra longtemps de Podalydès donnant une leçon à Rosina, de la rebelle Claire de La Rüe du Can, de la voix de Marie Oppert. Au jeu du chat et des petits rats, le chat est roulé dans la farine. Alors, Rigadon, dépité, danse la gigouillette et la salle bat des mains et des pieds. Bravissimo !

L’École de danse, à la Comédie-Française (Paris 1er), jusqu’au 3 janvier 2026.

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