«L’automation, c’est la majesté de demain» : en 1955, Le Figaro s’émerveille de l’arrivée de l’ordinateur électronique

«L’automation, c’est la majesté de demain» : en 1955, Le Figaro s’émerveille de l’arrivée de l’ordinateur électronique

Le 15 mai 1957 est présenté en France l’IBM 704, une machine de 21 tonnes qui occupe une superficie de 300 mètres carrés. ASSOCIATED PRESS

Dans deux articles de 1955, le journaliste Serge Groussard témoigne de l’avènement de «machines à calculer électroniques» dans les colonnes du Figaro.

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L’arrivée de l’ordinateur électronique

«(…) La dernière guerre stimula les chercheurs ; il fallait à la fois faire vite, utiliser le moins de personnel possible et résoudre une foule de problèmes techniques complexes. Alors naquirent les premières grandes machines électroniques, consacrées exclusivement aux calculs scientifiques ; grâce à elles, les États-Unis purent d’abord développer massivement leur aviation en un minimum de temps, puis produire la première bombe atomique en 1945.

La paix venue, on pensa à l’utilisation commerciale des unités de calcul électroniques. Et, en 1948, IBM présenta la première calculatrice électronique commerciale, la 604. L’ère de ce que l’on a surnommé les cerveaux électroniques naissait…

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Cette ère, sans doute serait-il bon de la définir de façon plus générale. Elle porte un nom dont j’ai déjà parlé ; un nom aussi nouveau qu’elle : Automation. L’automation, c’est la majesté de demain. C’est l’automatisme arrivé à une prodigieuse souplesse. L’âge de l’automation exige que toutes les questions liées à la production — direction, main-d’œuvre, problèmes techniques, publicité, ventes, etc. — soient examinées et résolues simultanément et longtemps à l’avance. Les machines à calculer électroniques, grâce à leurs mémoires utilisables, effaçables et transformables. L’importance et les progrès ultra-rapides de ces robots rendent leur appellation de « machines à calculer électroniques » périmée. On leur a trouvé en France un meilleur nom de baptême : ordinateur électronique. Servons-nous en, pour le moment du moins. (…)»

Serge Groussard, Le Figaro du 31 mai 1955


Une chose manquera à jamais aux robots de l’avenir : l’âme

«(…) Dans sa volonté éternelle de donner davantage de facultés à la machine, l’homme ira beaucoup plus loin et beaucoup plus vite que nous ne le supposons.

Mais, aussi loin qu’il aille, un mur subsistera devant lui, un mur qu’il ne franchira pas.

Il arrivera bien à fabriquer des machines-cerveaux qui tiendront dans sa poche et qui seront incomparablement plus puissantes que les encombrantes calculatrices dont on s’émerveille aujourd’hui.

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Il finira bien par forger des robots si perfectionnés qu’à partir des questions les plus vagues, des données les plus générales, ils fourniront les réponses les plus précises, ils accompliront les tâches les plus délicates.

Il réussira bien à mettre au point l’automate qui aura parfois la fantaisie de se construire à sa propre image, et qui commandera, contrôlera toute besogne, prédira l’avenir logique ; qui réparera les défaillances humaines ou mécaniques ; qui gouvernera la vie quotidienne des cités, trouvera le malfaiteur et déterminera mathématiquement sa peine ; qui détectera les infortunes et, glaçante vision dès maintenant possible, lira les pensées ; qui voyagera à travers la terre et, peut-être, les mondes, cela en se nourrissant d’électrons.

Mais une chose, une seule, manquera à jamais aux robots de tous les avenirs.

Cette chose qui n’est pas une chose s’appelle l’âme.

L’âme — et par conséquent, le cœur.»

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S. G., Le Figaro du 1er juin 1955