Les oubliés du Darfour : immersion dans les camps surpeuplés et les vies brisées par la violence

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.


Le Darfour, une région interdite aux journalistes, est au cœur d’une guerre qui oppose depuis deux ans et demi l’armée soudanaise aux forces de soutien rapide. Des paramilitaires, filmés discrètement, tiennent presque tout le territoire. C’est la première fois qu’une télévision étrangère entre à Tawila.

Dans cette zone épargnée des combats, 570 000 personnes sont réfugiées, un chiffre supérieur à la population de la ville de Lyon. Et d’autres continuent d’arriver, comme Fatima Mohamed Umar, ici depuis cinq jours avec sa fille et ses petits-enfants. Elle raconte : "Le voyage jusqu’ici était tellement difficile. On avait soif, on devait se cacher. Pendant trois jours, même les enfants n’avaient rien à manger."

Comme la plupart des déplacés, ils ont fui El Fasher, capitale du nord du Darfour, située à une soixantaine de kilomètres.

Une aide humanitaire insuffisante

Les populations déplacées dépendent pour l’essentiel d’une aide alimentaire insuffisante. Les camions mettent plusieurs jours de piste pour atteindre la ville de Tawila, et l’accès à l’eau reste rationné.

Le docteur Nazir Mouhajr Abdallah a vu les camps s’étendre en moins de six mois : "Il y a eu des déplacements massifs avec des enfants dans des charrettes à pied, avec des gens blessés."

Des centaines de milliers de déplacés s’entassent dans des conditions de vie et d’hygiène favorisant les épidémies, dont le choléra. Plus de 1 700 patients ont été pris en charge dans une unité de traitement du choléra par l’ONG médicale Alima. Le Dr Nazir Mouhajr Abdallah précise : "Ce qu’on constate avec le choléra, c’est que les enfants sont particulièrement touchés. La mortalité est plus élevée en dessous de cinq ans, surtout quand d’autres facteurs de risque sont associés, comme les problèmes de nutrition. La plupart sont aussi atteints de paludisme et cela aggrave la sévérité du choléra."

Les traumatismes psychologiques des déplacés

Les épidémies ne sont pas les seuls maux à soigner ici. Faiza Abdalla, assistante en santé mentale pour Alima et réfugiée elle-même, aide les femmes à surmonter des traumatismes psychologiques. Les jeunes femmes et leurs familles ont été victimes des paramilitaires sur la route de l’exil. L’une d’elles se confie : "Beaucoup d’hommes armés sont arrivés. Nous n’étions pas assez forts pour nous opposer à eux. Ils ont essayé de séparer les femmes mais nous avons refusé. Moi, mon mari est mort, ils l’ont tué."

Elles parlent de leur viol sans prononcer ce mot tabou : "Nous avons dû les suivre et ce qui est arrivé est arrivé. C’est arrivé et ils nous ont abandonnées là, au bord de la route, dans le noir." Pour les aider, Faiza tente de favoriser la discussion : "Certaines femmes viennent nous voir, mais beaucoup se cachent. Elles ne viennent pas, elles n’osent pas."

Des crimes de guerre et crimes contre l’humanité

Une commission d’enquête des Nations Unies sur le Soudan accuse les deux camps, forces gouvernementales et paramilitaires, de cibler délibérément les populations civiles. Leur dernier rapport parle d’atrocités, de crimes de guerre, et pour les paramilitaires, de crimes contre l’humanité.