Patinage artistique : pourquoi Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry ont dû changer la musique et le programme de leur danse rythmique

Des semaines de travail balayées. Tout reprendre ou presque à quatre mois des Jeux olympiques. Pour leur deuxième compétition ensemble, les danseurs sur glace Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry ont été contraints de revoir tout leur programme de danse rythmique pour rebondir et s'aligner, samedi 18 octobre à Angers, lors du Grand Prix de France (en direct sur France 3 et france.tv à partir de 13 heures).

Alors qu'ils avaient réalisé une prestation aboutie aux Masters de Villard-de-Lans (Isère) fin août, récoltant 88,54 points sur une danse rythmique autour du thème du voguing, le duo a en effet appris par un membre du comité technique de l'ISU, que leur musique risquait fort d'être jugée illégale lors d'une échéance internationale. Le risque s'il la conservait : être pénalisés de deux points. "C'est très cher à ce niveau-là. On ne pouvait pas vraiment se le permettre", a justifié Guillaume Cizeron dans un point presse, mardi.

En danse sur glace, les patineurs présentent deux programmes. L'un est une danse rythmique de deux minutes cinquante secondes, sur un thème donné et un tempo imposé (tant de battements par minute). L'autre est une danse libre de quatre minutes. Pour la saison 2025-2026, l'ISU (la Fédération internationale de patinage) a choisi comme thématique pour la danse rythmique "la musique, les styles de danse et l'esprit des années 1990"

Le doute autour d'un choix "illégal"

L'instance précise dans un document diffusé aux médias que "toute musique est autorisée" à condition qu'elle soit "sortie, originale ou sous forme de reprise, dans les années 1990, et qu'elle respecte le rythme et le thème mentionnés, ainsi que les caractéristiques suivantes : dynamique et attrayante, reflétant l'essence des années 1990". L'ISU autorise également l'usage de musiques remixées et remastérisées, mais aussi d'extraits musicaux créés par "l'intelligence artificielle dans le style des années 1990".

Le deuxième morceau — Personal Jesus de Depeche Mode — utilisé par le Français Guillaume Cizeron et sa nouvelle partenaire canadienne, en cours de naturalisation, Laurence Fournier Beaudry apparaît dans l'album Violator, sorti en 1990. Mais sa sortie en single date, elle, du mois d'août... 1989. "La musique est vérifiée par plusieurs personnes : le président du comité de danse international, le juge-arbitre, le contrôleur et les deux spécialistes, mais pas par les juges", explique Annick Dumont, entraîneuse et consultante pour France Télévisions.

Face au risque encouru, le duo a préféré renoncer à son choix initial. Guillaume Cizeron a reconnu lors du point presse qu'il connaissait bien la date de sortie du single : "On pensait avoir une certaine flexibilité puisque la Fédération internationale autorise des remix actuels."

Objectif : être irréprochables

Invité à utiliser l'intelligence artificielle pour remplacer les trente secondes de musique incriminées, le duo de patineurs a préféré décliner. "Cela nous semble un peu aberrant parce que, évidemment, une musique sortie en 1989 est quand même assez représentative. C'est une musique iconique des années 90", a soufflé le champion olympique de 2022, alors associé à Gabriella Papadakis.

D'abord frustrés, les danseurs sur glace ont très vite (en une semaine) décidé de changer de musique. "Le rôle du juge est d'aller chercher les imperfections. Donc, notre travail, c'est de faire en sorte qu'on ne puisse pas nous enlever des points. Il faut se prendre au jeu et arriver à être irréprochable", glisse Guillaume Cizeron.

S'ils étaient inconnus, il ne se serait rien passé. Leur programme libre est tellement exceptionnel qu'ils font peur.

Annick Dumont, consultante pour France Télévisions

à franceinfo: sport

"C'est certain qu'on peut se dire que c'est tiré par les cheveux. Mais c'est une bonne nouvelle", veut croire Annick Dumont qui ne s'inquiète "pas du tout" de leur capacité à réinventer un programme dans un temps limité. Surtout, elle espère que, "piqués", les patineurs sauront "faire encore mieux".

"C'était un mal pour un bien parce qu'on se sent plus fort sur cette musique. Il y avait des petites choses sur notre ancien programme qu'on voulait améliorer. Cela nous a permis de développer le concept encore plus", confirme Guillaume Cizeron. A Angers, le duo patinera sur un medley de quatre chansons de Madonna, dont le célèbre Vogue.

Si pour le public, la prestation sera visuellement différente, tout comme l'univers, le couple est parvenu à conserver "l'essentiel" du programme d'origine et à le transposer sur Vogue. Aucune image n'ayant filtré, la primeur de la création sera réservée aux spectateurs de l'IcePark.