À l'approche des JO, Guillaume Cizeron et Laurence Fournier Beaudry se mesurent pour la première fois à la concurrence internationale lors du Grand Prix de France d'Angers, où ils présentent samedi une nouvelle danse rythmique, modifiée après avoir été contraints de changer de musique.
Sur la route des Jeux de Milan, le Français et sa nouvelle partenaire, Canadienne dans l'attente d'une naturalisation, avaient choisi dès le printemps de construire leur programme rythmique autour du voguing, une danse d'inspiration urbaine née dans la communauté queer de New York.
Passer la publicitéPour illustrer le thème imposé des années 1990, ils avaient opté pour la musique du groupe britannique Depeche Mode et leurs tubes emblématiques de la new wave «Enjoy the Silence» et «Personal Jesus».
«On avait choisi de créer une sorte de contraste avec la musique de Depeche Mode, qui n'est pas a priori une musique sur laquelle on imaginerait du voguing», a expliqué Guillaume Cizeron cette semaine lors d'un point-presse. «On trouvait ça très intéressant et on a beaucoup développé le concept.»
Leur performance au Masters de Villard-de-Lans dans l'Isère fin août, bien qu'encore en construction à ce stade de la saison, avait laissé entrevoir de belles promesses pour le nouveau duo, formé seulement en début d'année.
Ils avaient alors prévu de continuer à roder leur routine au Nebelhorn Trophy quatre semaines plus tard, mais les deux patineurs ont été contraints de déclarer forfait pour la compétition allemande à la dernière minute.
En cause: un extrait de la musique retenue par le couple n'entrait pas complètement dans le thème des années 90.
Passer la publicité« Un mal pour un bien » ?
Guillaume Cizeron
«Malheureusement, la deuxième pièce qu'on avait choisie (la chanson »Personal Jesus«, NDLR) n'est pas sortie dans les années 90, mais au cours de l'année 89», explique Cizeron.
Des juges un peu trop zélés, profitant d'une zone grise du règlement, auraient pu en profiter pour pénaliser le duo français. Après réflexion, Depeche mode a ainsi cédé la place à Madonna et son tube «Vogue».
«On a préféré ne pas prendre le risque de perdre des points là-dessus. Plutôt que de s'acharner, on a choisi de changer de cap», tout en conservant l'esprit d'origine de leur danse, poursuit le champion olympique 2022.
«En fait, le contenu du programme était bon, c'était vraiment seulement la musique qui posait problème, donc on a essayé de garder tout ce qui était très bon et de le transposer sur ’’Vogue’’.»
«On a quand même changé pas mal de choses, mais qui sont des améliorations, donc finalement, c'était un mal pour un bien, parce qu'on se sent plus forts sur cette musique.»
Passer la publicité« Pas correct »
Romain Haguenauer
Si les deux patineurs assurent avoir évacué leur frustration, leur entraîneur Romain Haguenauer regrette toutefois les manigances opérées en coulisse qui ont selon lui conduit à ce changement de musique imposé.
Il explique qu'aucune communication officielle des juges ne leur a été faite pour les prévenir que la musique de Depeche mode pouvait être considérée comme illégale.
«Cela a été fait par-derrière et ça m'est revenu aux oreilles. Je trouve que ce n'est pas forcément correct. C'est une campagne qui a été menée dans notre dos», a-t-il déclaré à l'AFP. L'instigateur de cette «campagne» serait un juge américain, compatriote des champions du monde en titre Madison Chock et Evan Bates, les principaux concurrents de Fournier Beaudry et Cizeron.
Quoi qu'il en soit, le duo se prépare à produire son nouveau programme face à la concurrence internationale à Angers, première étape du chemin qui doit les mener aux JO de Milan.
«C'est certain qu'on a travaillé très fort pour arriver avec force à Angers, on a envie de performer au mieux, on a eu de belles semaines d'entraînement, donc on est assez confiant de pouvoir délivrer des bonnes performances», affirme Laurence Fournier Beaudry.