Le Monde Béryl, un nom étonnamment francophone pour une marque de chaussures anglaise fondée par une New-Yorkaise, Lily Atherton, et une Londonienne, Katya Shyfrin. «Le mot monde évoque la fusion d’inspirations, de connaissances, d’histoires qui sous-tend chacune de nos collections, explique cette dernière. Nous avons commencé par une forme, la pantoufle vénitienne, que nous avons considérée comme une toile blanche. De cette chaussure , nous avons construit un monde d’une certaine manière.» Et Lily de poursuivre: «’Béryl’ vient d’une famille de minéraux qui se décline en plusieurs pierres précieuses selon la couleur : en vert l’émeraude, en bleu l’aigue-marine, en rose la morganite, etc. »
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Mais le Monde Béryl est surtout une ligne de souliers féminins, ni trop hauts, ni trop boyish qui cartonne. Des ballerines, des boots en cuir souple, des mules et des escarpins à petits talons dont les filles branchées (Alexa Chung, Kaia Gerber, Michelle Williams), de New York à Paris, se passent le nom francophile sous le manteau. «Je travaillais dans une galerie d’art à New York où la norme était de porter des talons hauts, raconte Lily Atherton. Un jour, à Venise, en pleine Biennale, alors que j’avais cavalé depuis le matin haut perchée et sous la pluie, j’ai décidé que ça suffisait et j’ai troqué mes escarpins pour une paire de chaussons vénitiens.» L’Américaine à plat dans sa robe du soir ne reçoit que des compliments. «J’ai fini par les porter tout le temps. En rentrant à New York, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire, qu’il était possible d’imaginer un soulier féminin chic et confortable à partir de cette chaussure de gondolier.»
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Lily Atherton
Elle parle de l’idée à son amie Katya, œuvrant alors dans une maison de vente londonienne . «Quand j’ai rencontré Lily, elle avait quinze paires de talons sous son bureau, se souvient-elle. Comme beaucoup de femmes car pendant longtemps, leur seule manière d’être présentable au travail était d’enfiler des stilettos.» Les deux femmes se lancent à l’été 2016 en commencent «petit»: une série de quelques chaussures plates (dont la ballerine Luna qui est encore leur best-seller) fabriquées entre la Vénétie et la Toscane, à partir de cuir et matériaux recyclés sur le modèle fameux chausson de gondolier. Les deux amies ont le nez creux car le plat revient à la mode et les sneakers ont fini par lasser.
Mais au fil des collections, le duo développe d’autres modèles et décline la même délicatesse dans les boots de rando ou les sabots. «Chaque fois que nous créons un nouveau soulier, nous pensons à nos attentes, à celles des femmes autour de nous. Nous testons tous nos modèles, explique Lily. Katya qui est toujours une ’femme à talons’ valide toutes les hauteurs». « Lily fait une tête de plus que moi donc elle peut se permettre de s’en passer, plaisante son acolyte. J’ai toujours plaisir à porter des talons, beaucoup de femmes y sont très attachées, alors nous en dessinons aussi. Mais jamais plus de 8 centimètres de hauteur et toujours avec le souci qu’ils soient pratiques, pas contraignants, des alliés du matin au soir.»
Lily s’occupe plutôt de la partie créative quand Katya gère l’opérationnel. Désormais installée à Londres, l’Américaine n’a rien renié de son ancienne vie new-yorkaise. Sa sœur, Hope, une artiste américaine reconnue, est toujours sa principale source d’inspiration. « Depuis l’enfance, précise-t-elle. Mais d’autres femmes artistes aussi comme Georgia O’Keeffe, Helen Frankenthaler, Camille Henrot. J’intègre à nos collections des références à leurs œuvres mais j’essaie aussi d’imaginer quelles chaussures elles porteraient réellement. L’art contemporain fait partie de ma vie depuis si longtemps. Ma sœur, le père de mes enfants qui est galeriste mais aussi beaucoup de nos amies, de nos clientes y évoluent toujours. C’est un élément important de notre ADN.»
Jusqu’au 4 novembre, les deux entrepreneuses ont d’ailleurs pensé leur première boutique éphémère, au 24 rue Saint-Roch, comme une galerie d’art exposant leur nouvelle collection de souliers mais aussi des livres anciens du mannequin Gemma Janes de SendbOOks et les peintures intimistes de Valentine Fillol Cordier. «Ouvrir une simple boutique de chaussures ne nous suffisait , conclut Katya. Nous avions en tête un espace immersif avec des œuvres d’art, des livres, des talks et un coffee shop, grâce auxquels nos clientes pourraient comprendre notre démarche créative, ce qui fait la singularité de notre marque et leur singularité quand elles portent nos modèles.»